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Tension entre stabilité financière internationale et normalisation comptable

dimanche 16 novembre 2008


Visiter CHRETIENS EN RESEAU

par Saheb Bachagha*

Le spectre du krach de 1929 revient hanter les spécialistes et gouvernants. Et si celui de wall street, en 1987, n’avait constitué qu’un avant-goût local d’une dépression mondiale, le moment serait-il venu de payer la facture complète de presque trois décennies de déréglementation, <> financières, de carte blanche laissée aux spéculateurs.

Aujourd’hui, les gouvernements des pays occidentaux crient au feu et au pompier, alors que ce sont des responsables de ces pays mêmes, en l’occurrence Reagan et Tatcher, qui ont ouvert le bal de la déréglementation et de la dérégulation au début des années 80, par la mise en place du fameux < grand marché > et libéralisation totale des mouvements de capitaux. On vit en 1994 au Mexique et en 1997 au Sud-Est asiatique, les ravages sociaux que pouvait entraîner une telle << liberté >>, ils étaient cependant limités géographiquement. Tel n’est pas le cas de celle d’aujourd’hui, par son ampleur, son immensité et sa vitesse de propagation et se répartit sur tous les continents, provoquée par le séisme parti des USA comme un typhon ravageur et dont rien ne semble pouvoir empêcher la propagation, l’ultralibéralisme signe ainsi, lui-même, le bilan de la faillite de ses dogmes. Quand on transforme l’économie en Casino, il ne faut pas s’attendre à ce que les animateurs soient des anges gardiens. Pour rappel, l’origine de la crise réside dans l’excès de liquidités qui a accompagné la croissance mondiale au cours des dernières années dans des proportions largement supérieures à celles de la croissance économique réelle : une surabondance d’épargne dans les pays asiatiques et les pays producteurs de pétrole associés aux grands déséquilibres des échanges mondiaux. Le placement de ces liquidités s’est opéré, pour une part importante, dans les banques américaines. Celles-ci se sont mises à l’oeuvre à la recherche du secteur adéquat où l’on puisse fructifier cette masse colossale d’épargne estimée à 1.800 milliards de dollars et finalement le choix s’est fixé sur le secteur immobilier. Ainsi, des crédits importants ont été accordés à des ménages insolvables pour ce faire, on leur a proposé des facilités avec des intérêts variables qui démarrent avec des taux très bas et qui augmentent au fur et à mesure. Mais le vrai scénario imaginé par ces banques était le suivant : peu importe que ces ménages arrivent à peine à payer une partie de leur dettes ou même pas, de toutes les façons, ces crédits, une fois déversés sur le marché, vont faire flamber les prix, et la procédure de saisie permettra à ces banques de réaliser des plus-values qui leur permettent de compenser largement le manque à gagner. Et effectivement, le scénario a bien fonctionné. Au début, les prix de l’immobilier ont augmenté, mais malheureusement, la FED, la Réserve fédérale américaine, constatant que les prix ont augmenté, a procédé à une augmentation des taux d’intérêts début de l’année 2006 (le loyer de l’argent destiné aux banques commerciales), pour stabiliser les prix et absorber l’inflation, et naturellement les banques commerciales répercutèrent à leur tour cette augmentation sur les taux d’intérêts accordés aux consommateurs. Conséquence, les ménages américains les plus fragiles ne furent plus en mesure d’assurer la charge de leur dette. Ainsi, un nombre croissant d’entre eux choisirent de se défaire de leur < toit >. Conséquence, ni les banques ont réalisé leur rêve ni les ménages ont payé leurs dettes. Devant cette situation, les banques américaines, et pour se départir de leur risque en évitant de conserver des actifs toxiques dans leur bilan et maintenir ainsi un haut niveau de rendement de leur fond propres pour empocher les bénéfices nécessaires, ont cédé ces créances (subprimes) à des investisseurs spécialisés, les SIV qui, à leur tour, les transformaient par des techniques de titrisation en nouveaux produits structurés (dérivés) appelés RMBS (Résidential Mortage Backed Sécurities), c’est-à-dire des titres adossés à des crédits immobiliers réservés aux emprunteurs les plus dignes de confiance, et les ABCP, ce sont les mêmes titres mais qui sont réservés aux emprunteurs à haut risque, ces titres ont été créés dans le but d’être externalisés et vendus à des investisseurs institutionnels et effectivement ces titres ont été achetés et distribués très largement en Europe sans analyse rigoureuse des actifs sous-jacents et des fondamentaux de l’économie (données réelles, chiffre d’affaires, trésorerie, fonds propres etc..) et en partie, en raison de la notation qui leur était attribuée par les agences de notation et qui laissait croire qu’il s’agissait d’actifs de qualité présentant des risques faibles. Nous rappelons que Ces SIV (véhicules spéciaux d’investissements), sont des entités juridiques à part créées par les banques sponsors et bien qu’ils soient sponsorisés par les banques, leur gestion reste indépendante de celle de la banque, mais celle-ci s’engage à racheter les titres émis par le SIV si celui-ci n’arrive pas à les vendre sur le marché. Ainsi, ces véhicules, qui sont dotés de leur propre bilan, n’apparaissent pas au bilan des banques mais en hors bilan, ceci n’est pas étonnant puisque depuis l’affaire Enron on a appris que les Américains sont les champions de la déconsolidation. Aux USA, les règles de consolidation sont moins strictes et facilement contournables.

Mais la réalité s’est avérée quant à l’impossibilité, pour la plus part des ménages, de rembourser leur dettes, ce qui a entraîné l’effondrement de la valeur des prêts subprimes ces titres adossés aux prêts hypothécaires, ce qui a poussé les investisseurs institutionnels à renoncer à l’achat de ces titres, et ce qui a engendré une crise d’illiquidité. Et craignant l’impact que pouvait avoir une vente brutale des titres par les SIV, sur la valorisation de leurs propres actifs, les banques ont rapatrié massivement dans leurs comptes ces titres. Et ainsi, d’une crise de titrisation, la situation s’est transformée en crise d’illiquidité et de solvabilité une fois que les banques ont repris les risques dans leur livres. Ajouter à cela, la mise en oeuvre de certaines normes comptables internationales qui ont précipité la faillite de ces banques. En effet, l’application de la comptabilité en juste valeur a une responsabilité dans la crise financière à cause de son effet procyclique, c’est-à-dire qu’elle accentue les bulles à la hausse et les paniques à la baisse. Pour des actifs peu liquides, la référence au prix côté serait antiéconomique, obligeant les banques à présenter des bilans plus noirs que la réalité et à vendre des actifs à des prix artificiellement déprimés, ce qu’on reproche à la comptabilité en juste valeur, c’est son caractère courtermiste on ne peut pas concilier entre le caractère excessif et courtermiste du marché à celui de la banque qui est porté sur une autre échelle celle du long terme, la banque n’est pas un casino, c’est un projet à long terme. A notre avis, pour les actifs s’échangeant sur les marchés liquides (comme les actions cotées), la comptabilisation en valeur de marché est préférable à la comptabilisation au coût historique en termes d’arbitrages économiques. Mais pour les actifs et les engagements à long terme et illiquides (comme les prêts bancaires et les engagements des sociétés d’assurance), c’est la valorisation au coût historique qui est préférable. La finance moderne utilise les mathématiques pour contrôler le risque, pour schématiser il s’agit de récupérer une masse de données et de les combiner selon plusieurs formules mathématiques. Le but de l’exercice est de découvrir la meilleure formule permettant d’obtenir le couple optimal gain/risque. Utilisés par des investisseurs, ces modèles permettent de déterminer l’écart-type d’une position (le sigma) et théoriquement, le risque de perte si la position évolue dans des niveaux correspondant à deux ou trois sigma. Non seulement ces modèles bâtis pour la plupart sur des mathématiques gaussiennes, or, comme le démontre NASSIM TALEB dans son ouvrage < Le hasard sauvage >, la courbe gaussienne ne fonctionne pas dans les marchés, mais aussi que ces modèles ne prennent pas en compte le risque de liquidité sur certains instruments. De fait, les prix de ces instruments n’étaient pas récupérés sur le marché mais calculés par un modèle mathématique et lorsque les gérants on dû vendre certaines positions, le manque de liquidité ne leur a pas permis de le faire. Il était impossible de trouver un prix fiable sur le marché. Ainsi les marchés ont souffert d’un déficit d’information, notamment sur les produits de titrisation complexes sur lesquels la notation de crédit a atteint ses limites. Il s’agit avant tout d’information de nature probabiliste mal canalisée par les normes comptables, dont l’objectif fondamental est de fournir des données avec une marge d’erreur réduite. Or, GOLDMAN SACH, dont le fonds quantitatif a perdu plus du quart de sa valeur, a constaté des variations sur les marchés qui représentaient 30 fois l’écart-type. C’est de l’imaginaire, c’est de l’aberration. L’insuffisance de l’information sur les risques financiers est l’un des problèmes majeurs révélés par la crise actuelle et dont la normalisation comptable n’est ni le coupable ni la solution. Je n’ai pas l’intention de me vanter le spécialiste en finances ni le donneur de leçons, mais je constate qu’il s’agit là d’un problème d’une extrême gravité, qui mérite d’être réglé en urgence et en priorité par les responsables occidentaux, dans le cadre de leur projet de refonte du système capitaliste mondial s’ils veulent éviter que le sort de leur économie ne soit scellé dans des casinos par des spéculateurs, ce qui mettra en péril non seulement leur propre économie, mais aussi celle des pays émergeants et surtout ceux en voie de développement, qui attendent avec un oeil timide qu’une brèche leur soit offerte dans ce marché mondial de plus en plus incertain.

L’une des grandes lacunes du système capitaliste mondial, c’est qu’il a permis aux mécanismes du marché et au goût du profit, de pénétrer dans des domaines qui ne les concernaient pas. Les intégristes ont une conception erronée de la façon dont fonctionnent les marchés, qui, selon eux, tendraient à l’équilibre, cependant, la théorie de l’équilibre en économie à laquelle ils font référence se fonde sur une fausse analogie avec la physique, les corps physiques ne sont en effet aucunement tributaires de la pensée humaine. Mais les marchés financiers tentent de prédirent un avenir conditionnel aux décisions que les gens prennent dans le présent au lieu de se contenter de refléter passivement la réalité telle qu’elle est, les marchés financiers contribuent donc à créer activement la réalité qu’il vont à leur tour refléter. Contrairement aux particules inanimés, les hommes ont des perceptions et comportements qui influencent les forces qui les régissent, ce qui n’est pas le cas de la physique ou les sciences naturelles, où la pensée du chercheur n’influence pas les phénomènes qu’il analyse. Si une affirmation correspond aux faits elle est vraie. Sinon, elle est fausse. C’est comme ça que les scientifiques font avancer la connaissance. Malheureusement, les intervenants sur les marchés ne peuvent pas s’appuyer sur une connaissance objective. En même temps qu’ils prévoient l’avenir, leur préjugés influencent le résultat.

A leur tour, ces résultats renforceront ou corrigeront les a priori des intervenants. On nous fait croire que le capitalisme et la démocratie fonctionnent de pair, alors que leur relation est beaucoup plus complexe.

Le capitalisme a besoin du contrepoids de la démocratie : livré à lui-même, il est condamné au déséquilibre. Ceux qui ont des capitaux cherchent à maximiser leurs profits. Livrés à eux-mêmes, ils continuent à accumuler du capital jusqu’à la rupture de l’équilibre.

Il y a cinquante ans, Marx et Enguels ont donné une bonne analyse du système capitaliste, bien meilleure que la théorie économique classique de l’équilibre. Le remède qu’ils ont proscrit le communisme était pire que le mal. Malheureusement, on risque à nouveau de mal interpréter les leçons de l’histoire.

Cette fois, le danger ne vient pas du communisme mais de l’intégrisme du marché. Le communisme a aboli les mécanismes du marché et imposé un contrôle collectif sur toutes les activités économiques, l’intégrisme du marché cherche à abolir les décisions collectives et à imposer la suprématie des valeurs du marché sur les valeurs politiques et sociales. Les deux extrêmes sont erronés. Ce qu’il faut, c’est un équilibre entre le politique et les marchés, entre fixer des règles et jouer selon les règles.

*Expert comptable et Commissaire aux comptes

Le quotidien d’Oran

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