Cinq années de campagne, méthodiques, réfléchies, calculées, avec un souci maniaque de la cohérence et une dépense d’énergie incalculable. Le tout couronné par une victoire éclatante d’une droite libérée : Nicolas Sarkozy a incontestablement droit au repos avant le grand saut présidentiel.
Certes, cet éloignement tout à fait légitime n’est pas vraiment une tradition de la Ve République. Valéry Giscard d’Estaing avait choisi la Touraine et une propriété familiale derrière de hauts murs. François Mitterrand avait fait encore plus simple : rue de Bièvre, à son domicile où il a reçu messages, amis et collaborateurs. Quant à Jacques Chirac, élu sur la promesse d’une réduction de la fracture sociale, il était lui aussi resté à Paris, dans les appartements du maire de Paris à l’Hôtel de Ville.
Nicolas Sarkozy a choisi la rupture, avec un démarrage qui décoiffe, qui donne une tonalité quasi-provocante à sa présidence. Son emploi du temps depuis dimanche 20 heures ne peut-être imputé à personne d’autre qu’à lui-même : de toute évidence, il lui ressemble comme un auto-portrait.
Réunion dans son bureau à 20 heures pour l’officialisation des résultats. Giscard était tout seul, si on en croît le film de Raymond Depardon. Nicolas Sarkozy a voulu avoir auprès de lui ses amis les plus proches. Selon son ami Patrick Balkany, condamné pour corruption et réélu, qui était présent, il y avait Johnny Halliday et sa femme, Christian Clavier, Jean Reno et Claude Guéant, son précieux directeur de campagne. C’est beau l’amitié. Il se rend Salle Gaveau, retrouve les chevilles ouvrières de sa campagne, dont quelques amis comme Arnaud Lagardère et Serge Dassault.
Puis, à 21 heures, il se rend au Fouquet’s, d’abord pour un cocktail avec son équipe de campagne, d’autres amis, quintessence du people, mais un people sarkozien, les futurs ministres potentiels - au moins trois ou quatre par poste -, et un certain nombre de fées qui trônent à la tête de grandes sociétés, et qui veillent amoureusement sur son triomphe.
Puis, Nicolas va dîner avec quelques amis et sa famille au restaurant "Diane", dans le nouveau palace du groupe Barrière, dont le président est également un ami de Nicolas Sarkozy, ce qui tombe bien : ce qui prouve qu ’être maire de Neuilly permet de se constituer un carnet d’adresses qui n’a rien à voir avec celui qu’on constitue à Nevers ou à Lens. Pendant ce temps-là, les militants, les partisans, la foule de droite attendent place de la Concorde.
Finalement, il s’y rend. 30.000 personnes, c’est gentiment festif, mais ce ne sont pas les grandes foules des alternances, du passage de la nuit au jour et réciproquement, que la nuit soit de droite ou de gauche. Beau discours du nouveau président, improvisé, reprenant les thèmes de sa déclaration officielle : il y a longtemps que Nicolas Sarkozy est l’un des meilleurs orateurs français, sinon le meilleur. Derrière lui , la famille, les candidats ministres, l’équipe de campagne. Tiens, on reconnaît le président de la Cour des comptes, en principe par fonction magistrat impartial, qui en l’occurrence affiche une fugitive partialité, comme si c’était vraiment plus fort que lui : c’est dur l’Etat impartial.
Retour au Fouquet’s pour s’offrir une nuit dans une suite de l’un des plus beaux palaces du monde. La suite est tarifée entre 1.500 et 2.590 euros la nuit. S’offrir est une façon de parler qui ne correspond sans doute pas à la réalité.
Le lendemain matin, il part en jet privé pour Malte, sans doute le coup de baguette magique d’une autre fée très bienveillante. Il rejoint le port de La Valette et embarque sur un yacht de 60 mètres de long, propriété d’une autre fée, elle aussi généreuse, Vincent Bolloré, patron, bâtisseur et propriétaire du groupe portant son nom.
Au crédit de Nicolas Sarkozy, il a vraiment décomplexé la droite. La droite s’affiche, c’est normal, elle a gagné. Elle aime l’argent et le revendique. C’est normal, elle ne fait plus de complexe sur l’argent. Et puis qu’avec Nicolas Sarkozy, tous les Français qui se lèvent tôt vont enfin gagner de l’argent, il est normal que le nouveau président affiche la couleur de l’argent, et fasse une démonstration de ses goûts en la matière. Comme une sorte de manifeste qui rappelle, le successeur de Charles de Gaulle, George Pompidou et son "Enrichissez-vous !". Avec Nicolas Sarkozy, "tous ensemble, c’est possible" !
On se souvient de la déclaration de Nicolas Sarkozy, il était encore candidat, en fin de campagne, annonçant qu’il allait prendre "quelques jours pour habiter la fonction, pour prendre la mesure de la gravité de la charge". On évoquait même dans son entourage une retraite monacale. Il fallait sans doute ce bain d’hyper luxe, cet affichage de nouveau riche, pour passer de la dimension spirituelle de la campagne, à la dimension temporelle de la fonction, quasi-triviale.
Serge July RTL2007







