« Cent jours déjà ? Vous êtes sûrs ? » Sur le parvis de l’église Saint-Paul, à Massy, les dizaines de sans-papiers installés depuis le 21 avril n’en reviennent pas. Hier, ils entamaient leur centième jour d’occupation du site avec, comme objectif unique, obtenir leur régularisation. Au total, ils sont plus de cinq cents à espérer le précieux sésame.
Il faut dire qu’avec leur organisation parfaitement rodée, ils ne manquent de rien et ne voient pas le temps passer.
« On est comme à la maison ici ! » lance Aboubacry. Cet Africain fait partie des six sans-papiers chargés au quotidien du bon déroulement du mouvement. Une sorte de gentil organisateur dans un Club Med version camping précaire... A côté de lui, des hommes jouent aux dominos à l’ombre des arbres. Plus loin, des enfants prennent leur petit déjeuner fourni par le comité de soutien.
« Je comprends que ce soit gênant pour certains »
« Pour les repas, tout est prévu : quatre sans-papiers cuisinent au foyer Sonacotra de Chilly-Mazarin, un autre se charge d’amener les plats jusqu’ici, puis d’autres prennent le relais pour les distribuer. On mange de temps en temps des plats du pays - couscous, tajines, pâtisseries orientales... - mais, sinon, c’est surtout pâtes et riz », confie Brahim, l’un des responsables de l’organisation. Pour l’hygiène non plus, rien n’est laissé au hasard. « Les femmes et les enfants utilisent les toilettes de la paroisse, tandis que les hommes se rendent dans les blocs de sanitaires installés par la mairie à l’extérieur », explique Jeanne Davy, responsable du comité de soutien des sans-papiers.
La nuit, des roulements sont effectués par équipes de cent pour dormir sur place. « Les autres rentrent chez eux pendant ce temps pour se doucher, changer de vêtements, etc. », ajoute Ahmed. Ce Maghrébin a choisi de quitter son CDI (contrat à durée indéterminée) de chauffeur-livreur à Massy pour s’investir dans la lutte et occuper l’église Saint-Paul : « J’ai démissionné en mai. Depuis, je suis là tous les jours. Je ne m’en fais pas car je sais que, dès que j’aurai des papiers, je retrouverai du travail tout de suite. En attendant, je prends sur mes économies pour vivre. »
Mais que pensent les riverains d’une telle occupation ? « Je comprends que ce soit gênant pour certains, concède Jeanne, une habitante de Massy qui passe régulièrement devant l’église. On craint notamment qu’ils salissent le site, mais jusque-là c’est toujours très propre. Je comprends aussi la position des sans-papiers : certains travaillent et paient leurs impôts, pourquoi ne pourraient-ils pas être régularisés ? En tant que militante chrétienne, je crois que l’Eglise joue ici parfaitement son rôle d’accueil mais elle ne peut pas le faire en permanence. C’est un lieu de culte tout de même ! Là, le mouvement commence à durer depuis trop longtemps. » Et il ne semble pas près de se terminer.
MASSY, JEUDI DERNIER. Depuis le 21 avril, près de 500 sans-papiers de l’Essonne se relaient 24 heures sur 24 pour occuper l’église Saint-Paul . Mercredi dernier, ils avaient manifesté à Evry (à droite). (LP/M.L.)
Source et lien : Le Parisien







