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Allemagne : Köhler mise sur le dialogue entre Juifs et Chrétiens dimanche 1er mars 2009, par Pasteur Aloys Evina

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A l’occasion de l’inauguration de la semaine nationale judéo-chrétienne de la fraternité, le président allemand Horst Köhler a souligné l’importance d’un dialogue entre ces deux religions du livre, surtout en ces temps de crise. Etant donné l’histoire des relations entre juifs et chrétiens, l’existence même d’un dialogue interreligieux tient du miracle, mais c’est aussi une entreprise complexe et exigeante.

Intervenant lors de la semaine nationale judéo-chrétienne de la fraternité, le président allemand Horst Köhler a exhorté Chrétiens et Juifs à ne pas accepter que la déception efface les progrès réalisés au cours des dernières décennies. Faisant allusion à la récente polémique suscitée par les propos de l’évêque Richard Williamson, le président allemand a dit que "nous ne devons pas accepter que ceux qui nient l’Hoolocauste ou les extrémistes de tout genre soient applaudis" en Allemagne, voire y trouvent la compréhension.

Le dialogue entre juifs et chrétiens : un exercice délicat

Juan Michel, responsable des relations du COE avec les médias, est membre de l’Eglise évangélique du Rio de la Plata à Buenos Aires en Argentine. Il revient sur la complexité du dialogue entre Juifs et Chrétiens.

Trois personnes rompues à cet exercice - deux juifs et un chrétien -, qui ont participé à une grande conférence interreligieuse organisée dernièrement par le Conseil œcuménique des Eglises à Genève, échangent leurs idées sur les manières de faire progresser ce dialogue que les problèmes politiques viennent souvent compliquer.

Pionnier du dialogue interreligieux, le rabbin James Rudin, membre de longue date du Comité juif américain, aimait à dire qu’après des siècles de relations douloureuses entre les fidèles de ces deux religions, le dialogue entre chrétiens et juifs constituait un véritable "miracle du 20e siècle".

Interrogé au sujet de ce dialogue qui débuta dans le sillage de l’Holocauste, le pasteur Hans Ucko, responsables des relations entre juifs et chrétiens au COE, se réfère à cette parole du rabbin Rudin pour déclarer que les 50 dernières années ont vu s’opérer un retournement des relations entre juifs et chrétiens. "Le mépris séculaire pour le judaïsme au travers de l’enseignement théologique a été remis en question, rappelle-t-il, et nombre d’Eglises se sont prononcées fermement contre l’antisémitisme."

En guise d’exemple, il cite la déclaration de l’Assemblée fondatrice du COE, tenue à Amsterdam en 1948, qui affirme que l’antisémitisme est "absolument inconciliable" avec la foi chrétienne et constitue "un péché à la fois contre Dieu et contre l’homme. [...] Notre Dieu nous a attachés au peuple juif par une solidarité toute spéciale, liant nos destinées dans la trame de son dessein pour Israël."

Ces déclarations et d’autres du même genre formulées par diverses confessions chrétiennes constituaient "un changement radical par rapport aux dix-neuf siècles précédents", affirme M Yehuda Stolov, directeur de l’Association Interfaith Encounter, qui a son siège à Jérusalem.

Mme le rabbin Naamah Kelman, doyenne du Hebrew Union College de Jérusalem et membre du Comité directeur de Rabbis for Human Rights, est d’accord : "Le simple fait que des chrétiens soient disposés à dialoguer avec nous et que nous nous considérions aujourd’hui comme des religions sœurs est remarquable."

L’existence même de ce dialogue est une réussite, mais des obstacles subsistent.

Selon Yehuda Stolov, le plus grand réside dans le fait que seule une toute petite minorité s’implique dans ce dialogue. Il souhaiterait aussi que les participants adoptent une attitude plus ouverte. Estimant normal que le dialogue débute dans une atmosphère de prudence et de courtoisie, il pense que son esprit devrait évoluer. "Il y a des questions que nous n’abordons pas, celle de la conversion par exemple, alors que nous devrions le faire."

Pour le pasteur Ucko, le dialogue demeure indispensable mais devrait recevoir de nouvelles impulsions. "A bien des égards, nous sommes à un tournant", et il faudrait maintenant faire le point et élargir les perspectives si l’on veut que les résultats acquis portent des fruits.

Le poids de la politique

De l’avis de Naamah Kelman, dans la situation instable qui est celle du Moyen-Orient, les questions politiques constituent le principal obstacle au dialogue. Il est particulièrement difficile de saisir la diversité des points de vue chez l’autre, lorsque celui-ci est un adversaire. Du coup, les extrémistes des deux camps se collent des étiquettes. "Lorsque l’on compare le sionisme au nazisme, on empêche le dialogue de progresser. Bien que je condamne l’occupation israélienne des territoires palestiniens, elle ne fait pas de nous des nazis."

Pour le pasteur Ucko, le conflit israélo-palestinien est "particulièrement néfaste" pour le dialogue entre juifs et chrétiens. Pendant un certain temps "les interlocuteurs ont esquivé le conflit, tandis que les milieux qui affrontent celui-ci semblent ignorer les conclusions et les résultats du dialogue et ont adopté un point de vue privilégiant la solidarité avec la population palestinienne".

Dans cette optique, certaines options de l’Etat d’Israël - notamment l’occupation des territoires palestiniens - ont suscité les critiques d’Eglises et d’organisations chrétiennes. Sous leur forme actuelle, ces critiques constituent-elles un obstacle au dialogue entre juifs et chrétiens ? C’est ce que pensent Mme Kelman et M. Stolov.

A titre d’exemple, Naamah Kelman mentionne la décision prise en février dernier par le Comité central du COE d’inviter les Eglises membres ayant des fonds d’investissements à ne pas s’engager financièrement dans des activités liées à l’occupation, afin d’exercer une pression sur les compagnies multinationales qui en tirent des profits. "Bien que je puisse admettre certains des arguments motivant cette décision, j’estime qu’elle vient à un moment terriblement inopportun", déclare-t-elle.

Yehuda Stolov estime que la décision du COE est "malheureuse et partiale au plus haut point. Lorsqu’on adopte entièrement le point de vue de l’une des parties, on perd toute crédibilité en tant que promoteur de la paix, du fait que l’autre partie se sent mise à l’écart."

Est-ce que cela signifie que les Eglises et organisations chrétiennes devraient éviter toute critique de la politique israélienne au nom du dialogue entre juifs et chrétiens ?

Tel n’est pas l’avis de Mme Kelman et de M. Stolov. Il ne s’agit pas d’éviter de critiquer, mais d’être attentif au choix des termes, de reconnaître les différences et de compatir aux souffrances humaines des deux camps. "Nous aimerions que les organisations chrétiennes réaffirment leur condamnation de l’antisémitisme et le droit d’Israël à l’existence, qui n’implique pas le droit d’occupation", déclare Mme Kelman.

"Bien que la condamnation de l’antisémitisme et l’affirmation du droit d’Israël à l’existence dans la sécurité et la paix figurent déjà dans un grand nombre de nos déclarations officielles", affirme le pasteur Ucko, "l’antisémitisme demeure un danger devant lequel les chrétiens doivent clairement prendre position."

Nous devons comprendre, ajoute-t-il, que "la façon dont nos paroles sont entendues peut être aussi important que ce que nous disons". Il faut donc que notre préoccupation à l’égard de la paix et de la justice s’exprime en tenant compte du traumatisme psychologique qui est celui des juifs, marqués par des siècles de souffrances infligées, entre autres, par les chrétiens.

Continuer à lutter pour un monde meilleur

Comment la dialogue entre juifs et chrétiens va-t-il se poursuivre dans le contexte du conflit israélo-palestinien ?

A cause précisément de ce contexte, estime M. Stolov, il faut absolument que ce dialogue ait lieu. Il y voit l’un des outils les plus efficaces dont les simples citoyens disposent pour modeler la société où ils vivent. "En dialoguant face à face", dit-il, "les gens ont la possibilité de développer des relations intercommunautaires et d’apprendre à coexister." Certains groupes externes comme le COE et les Eglises pourraient apporter leur contribution en incitant les deux parties à instaurer un tel dialogue.

De l’avis de Mme Kelman, le dialogue - qui, dans ce contexte, doit aussi inclure les musulmans - bénéficierait de la participation de représentants d’autres milieux, "non pas pour nier la souffrance des Palestiniens, mais pour élargir le débat". Elle estime en outre qu’il incombe aux juifs de protéger les droits des chrétiens et leurs lieux de culte en Israël, "pour veiller à ce que le christianisme ait sa place chez nous".

Pour le pasteur Ucko, le COE et les Eglises doivent affronter le défi de "concilier leur double engagement en faveur de la justice pour les Palestiniens et en faveur de la sécurité pour les Israéliens, en veillant à ce que ces deux objectifs ne se fassent pas mutuellement obstacle". C’est la seule manière de contribuer à concrétiser l’espoir de paix des deux populations.

Il souligne également que "les résultats du dialogue ne sont pas automatiquement communiqués ni mis en œuvre", faute de suivi suffisant. Dans ce domaine, les relations directes jouent un rôle important, de même que les actes symboliques et l’utilisation d’un langage qui traduise l’élément de spiritualité présent dans le dialogue.

De l’avis de Mme Kelman, le dialogue interreligieux, malgré ses difficultés et ses exigences, "constitue un enrichissement pour le monde. Ma tradition enseigne que nous ne pourrons pas achever la tâche, mais que nous ne devons pas nous y dérober."




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