Au cours des dernières années, j’ai parlé plus d’une fois de ceux qui se font passer aux yeux du monde pour des chrétiens tout en affirmant qu’ils ont le même dieu que les musulmans (avec toutes les nuances comprises entre "à peu près" ou "plus ou moins" et "tout à fait" le même dieu). Ils sont nombreux chez les (ex)protestants (voir entre autres
Monsieur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération (ex)Protestante de France, sur la base de la Bible, je vous accuse de trahison ou
L’apostasie de la FPF Fédération (ex)Protestante de France (encore !), ou comment "comprendre" le Coran)
et les catholiques s’y mettent aussi (voir par exemple
La religion catholique et l’islam ou
Le saint père de l’église de Rome encourage un dialogue sincère entre chrétiens et musulmans et l’université catholique de Paris va former ... des imams !!!).
Mais qu’en pensent les musulmans ? Pour essayer de répondre à cette question, je vous propose aujourd’hui d’essayer de comprendre un peu l’islam, un tout petit peu, juste assez pour bien réaliser à quel point les "chrétiens" qui affirment avoir le même "dieu" que les musulmans ne sont que des imbéciles (merci de ne pas hurler au scandââle ! avant d’avoir lu ce qui suit parce que ce qualificatif est biblique). Or la Bible, donc Dieu, n’est pas tendre avec ceux qui sont désignés par ce mot. Bien entendu, quelques uns se consolent en lisant
un imbécile reçoit parfois de hautes fonctions (et ils sont malheureusement nombreux, à "expliquer" la Bible à d’autres, qui méritent le même qualificatif parce qu’ils ne l’ouvrent jamais, la Bible, pour vérifier si tout ce qu’on leur raconte est exact !)
mais ils devraient lire aussi
Quand il se tait, même un imbécile paraît sage. Lorsque ses lèvres sont fermées on peut le croire intelligent !
Et il y a de nombreux autres versets, plus durs encore, un de mes préférés étant
Même si l’on écrasait un imbécile avec un pilon, comme des graines dans un mortier, on n’arriverait jamais à le débarrasser de sa bêtise.
L’étude de ces versets n’est (hélas) pas au programme aujourd’hui et en attendant, je vous laisse le plaisir de chercher leurs références exactes.
Je disais récemment que les chrétiens et les musulmans n’ont pas de point commun mais il est possible d’en trouver un ; les uns et les autres ont un "texte sacré" et "fondateur" (expressions à comprendre selon le sens qui leur est donné par le "monde") : la Bible pour les uns, le Coran pour les autres. Ce constat fait, les différences sautent immédiatement aux yeux.
Si l’énorme majorité des "chrétiens" d’aujourd’hui n’a jamais lu la Bible et préfère croire tout ce qu’on lui raconte à propos de(s) dieu(x) sauf quand c’est biblique (et cette affirmation est biblique !), il en va autrement chez les musulmans qui, pour leur énorme majorité, lisent le Coran tous les jours, voire plusieurs fois par jour. Il est donc bien plus difficile de leur faire prendre des vessies pour des lanternes, du moins à propos de ce que raconte le Coran. Je ne parlerai pas aujourd’hui de la "valeur" de ce que dit le Coran.
Ayant trouvé un premier "point commun" un peu tiré par les cheveux, je n’ai pas de mal à en trouver un autre. Il y a probablement autant de tendances, nuances, ou mouvances chez les musulmans que chez les "chrétiens".
L’islam aurait à peu près 1,5 milliards de croyants se répartissant à peu près ainsi :
sunnites 90%
chiites moins de 10%
ainsi que kharidjites, soufistes, et quelques autres...
Les sunnites sont donc largement majoritaires. Wikipédia consacre un dossier au sunnisme, dont voici quelques extraits :
L’école hanafite d’Abu Hanifa Al-Nu’man Ibn Thabit. C’est l’école la plus ouverte au niveau des déductions, car elle insiste sur la liberté d’opinion, le jugement personnel, et la recherche de la meilleure solution (au cas par cas, en fonction des convenances du moment et de l’équité.) Il existe donc une forte marge de manœuvre. Le rite insiste sur l’importance des textes et de la tradition [...] Cette école hanafite se retrouve surtout chez les Afghans, Indo-Pakistanais, Albanais, Turqo-Monguyan et Chinois.
Le rite malékite a été fondé par Mâlik ibn Anas en modélisant la théorie juridique sur les coutumes médinoises au moment où le prophète Mohammad y vivait. Elle met l’accent sur l’importance des savants, du consensus. Une place majeure y est donnée à la coutume. Cette école est surtout présente en Afrique [...]
Le chaféisme de Mouhammad abū àbd allah ben idrīs aš-šāfi`ī (qui est un descendant de la famille du prophète) est un compromis entre les deux écoles précédentes. Cette école valorise la Sunna comme source du droit, et insiste sur le consensus de toute la communauté, mais le point de vue des savants l’emporte, écartant par là l’opinion personnelle. Elle est particulièrement répandue en Égypte, Arabie, Yémen, Koweït, Indonésie, Malaisie, Viêt Nam, Philippines et Thaïlande.
L’école hanbalite d’Ibn Hanbal a été fondée non pas par un juriste mais par un traditionaliste qui privilégie la tradition morale sur les solutions juridiques. C’est l’école la plus stricte des écoles sunnites. Elle se base sur une interprétation littérale du Coran et de la Sunna, et restreint le raisonnement par analogie. L’hanbalisme a donné forme au salafisme (généreux), une école de pensée qui ne se fonde que sur la sunna. Cette école est surtout répandue en péninsule arabique, mais se retrouve de façon générale aussi dans la plupart des pays musulmans, dans des proportions plus ou moins importantes (maghreb…)
Ces quatre écoles ont des fondements différents mais se reconnaissent les unes les autres. Il est possible pour un croyant de passer de l’une à l’autre, bien que cela soit rarement observé.
Les salafistes ignorent ces différences, car pour eux, un seul islam existe, bien qu’ils reconnaissent et respectent les quatre écoles. En pratique, leur vision de celui-ci est très proche de celle de l’école hanbalite.
Il semblerait donc qu’il y ait chez les musulmans comme chez les chrétiens (au sens le plus large de ce mot, tel qu’il est compris par le "monde"), des libéraux pour lesquels tout est permis en fonction des circonstances et des conservateurs qui s’en tiennent strictement à ce qui est écrit dans le Coran et ses "compléments". Ce qui met en évidence une nouvelle différence : les "chrétiens" méprisent "leurs" fondamentalistes alors que c’est loin, très très loin d’être le cas chez les musulmans. C’est même très souvent le contraire.
Pour comprendre la suite, il est important de donner quelques explications de texte :
Le muhaddith est le transmetteur de hadith, c’est l’un des chaînons de l’isnad, qui permet d’évaluer la fiabilité d’un hadith.
En dehors de quelques hadiths "sacrés" qui sont considérés comme les paroles de Dieu adressées directement au prophète Mohammed et rapporté par lui, ce sont les paroles et les actions attribuées au prophète Mohammed, ce n’est donc pas la parole divine comme le serait pour les musulmans le Coran.
Ces hadiths forment la sunna d’où le nom d’islam sunnite pour le courant orthodoxe. Les hadiths ont été rapportés dans divers recueils (véridiques ou non) par des musulmans fidèles, mais toujours au minimum deux siècles après la mort du prophète Muhammad. Certains auteurs en ont recensé plus de 700.000, les plus récents étant ceux rapportés par l’ayatollah Khomeiny au cours des années 1980 ! Beaucoup de ces citations étant suspectes, leur crédit est proportionnel au prestige accordé à ceux qui les ont rapportées. Cette chaîne des témoins est appelée isnad. Ces différents recueils alimentent l’opposition entre chiites et sunnites.
Les musulmans obéissent donc aux consignes données par le Coran mais doivent aussi considérer les "hadiths" comme des ordres à suivre.
Là, nous avons
une différence de taille avec le christianisme authentique qui s’en tient, comme Dieu l’exige, à ce qui est écrit dans la Bible, seule et unique Parole de Dieu. L’expression "Sola scriptura" figure encore dans de nombreuses Confession de Foi (ex)protestantes mais comme c’est du latin, plus personne ou presque ne sait ce que signifient ces mots qui ne figurent même pas au vocabulaire des légionnaires romains en garnison dans les camps de Petibonum ou de Laudanum. Et nous avons aussi
un énorme point commun avec la religion prétendue chrétienne de l’église de Rome pour qui la Bible ne saurait subsister sans les apports du saint magistère et de la sainte tradition (voir à ce sujet La Bible ne saurait subsister sans les inventions de Rome).
L’acceptation sunnite de ce terme est, généralement, "Tradition Prophétique", ce qui contient la pratique ordinaire du prophète Mohammed, à savoir :
ses dires,
ses actes,
ses approbations explicites ou implicites,
ses qualités morales personnelles (selon certains savants du hadith comme Boukhari ou Muslim).
La Sunna, seconde source législative du Coran, associée aux règles législatives du Coran qui est la première source de la loi, permet de définir la loi islamique, ou charia.
Là, ça commence à se compliquer un peu pour un non initié. Mais comme l’objectif du jour est d’essayer de comprendre l’islam, juste assez pour bien réaliser que la vérité n’a rien à voir avec ce que nous raconte la majorité de ceux qui nous en parlent, il faut continuer.
La charia codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions entre les croyants. Les musulmans considèrent cet ensemble de normes comme l’émanation de la volonté de Dieu (Sharʿ). Il est généralement admis que le niveau, l’intensité et l’étendue du pouvoir normatif de la charia varient considérablement sur les plans historiques et géographiques.
Nous avons maintenant quelques bases qui permettent (presque) de commencer à envisager d’avancer un peu. Mais nous ferons ça dans quelques jours, le temps de bien digérer ce qui précède... en n’oubliant pas que la distinction entre "islam", "islam modéré", "islam extrémiste", ou n’importe quoi d’autre n’existe que chez ceux dont parle l’Ecclésiaste en 10.3 (entre autres).
Enfin, si vous aviez un peu de temps, en attendant la suite, je vous propose de lire ou de relire De la tolérance de l’islam à l’intolérance du christianisme.
(Source : Réflexions bibliques)







