Israël, qui traque sans relâche les tireurs de roquettes de la Bande de Gaza, est passé à la vitesse supérieure dans la semaine, après que les résistants palestiniens aient eux commencé à cibler Ashkelon, à 17 km au nord de la frontière de la bande de Gaza, et une des plus grandes villes du pays, à seulement 40 km de Tel Aviv. Cette nouvelle réalité, celle de missiles à plus longue portée désormais capables de mettre le coeur d’Israël en première ligne, a causé un sérieux choc dans le pays et fait monter les enchères. Samedi 1er mars, cinquante-quatre Palestiniens, dont la moitié de civils, ont été tués, soit le bilan le plus lourd en une journée depuis plus de sept ans. Deux soldats israéliens avaient aussi trouvé la mort. Selon les sources hospitalières, le bilan global est de 102 morts depuis le début de l’offensive mercredi 27 février 2008.
Gaza était toujours en proie à la violence, dimanche 2 mars, même si le bilan était moins lourd que les jours précédents. Avant l’aube, l’aviation israélienne a détruit à coups de missiles les bureaux du chef du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh. Les locaux étaient vides, mais le message était clair à destination du Mouvement de la résistance islamique, qui refuse de cesser les tirs de roquettes sur Israël. Huit Palestiniens, dont une petite fille âgée de 21 mois, ont été tués, et dix autres ont succombé à des blessures ou ont été retrouvés morts. Le Hamas a imposé de nouvelles mesures de sécurité, interdisant notamment l’accès des zones de combat aux civils et faisant fermer les écoles. Les rues de la ville étaient donc étrangement désertes, les sourates du Coran récités depuis les haut-parleurs des mosquées répondant au grondement des avions et drones israéliens. Dimanche 2 mars 2008 encore, douze roquettes sont tombées sur le sud de l’Etat hébreu, Askhélon comprise, exposant la bande de Gaza à de nouvelles représailles.
Dimanche 2 mars 2008, les troubles menaçaient de gagner la Cisjordanie : furieux, des Palestiniens sont descendus en masse manifester contre l’intervention à Gaza, et un adolescent âgé de 14 ans a été abattu par l’armée israélienne, à Hébron, où la manifestation a dégénéré. A Ramallah, des milliers d’écoliers ont défilé, Mahmoud Abbas étant accusé d’être un agent d’Israël, et la police palestinienne a tiré des grenades lacrymogènes pour disperser une manifestation de femmes pro-Hamas. Dans tout le territoire, écoles et boutiques étaient fermés en signe de protestation.
L’offensive a déclenché un concert de condamnations dans la communauté internationale, l’Union européenne, le secrétaire de l’ONU, Ban Ki-moon, ou encore l’Arabie saoudite, accusant Israël de "recours disproportionné" à la force, et réclamant l’arrêt immédiat des opérations. L’Union européenne a jugé qu’elles étaient "contraires au droit international", car mettant en danger la population. Mais le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a balayé ces critiques d’un revers de main. "Avec tout le respect que je vous dois, rien ne nous empêchera de poursuivre nos opérations pour protéger nos citoyens", a-t-il déclaré au cours du conseil des ministres. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, a même ajouté qu’une opération de plus grande envergure était dans les cartons, avec pour objectif d’"affaiblir l’autorité du Hamas", "voire de le faire tomber".
A Ramallah, la direction cisjordanienne, modérée et ennemie jurée du Hamas, a dénoncé un "génocide" dans la bande de Gaza et confirmé la suspension des pourparlers de paix qui avaient repris en novembre 2007. "Nous sommes entrés dans le processus de paix pour aboutir à la paix, pas pour entamer des guerres", a tempêté Nabil Abou Rdeneh, porte-parole de Mahmoud Abbas. Commentant cette suspension, M. Olmert a jugé qu’"attaquer le Hamas renforce les chances de la paix. Je suis sûr qu’au-delà de certaines déclarations, la direction palestinienne, celle avec qui nous voulons aboutir à la paix, comprend également cela". La décision palestinienne fait peser l’incertitude sur la visite de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, attendue cette semaine sur place.
Ibrahim BARZAK
Commentaire
Contrairement à ce que prétend le régime israélien, les massacres perpétrés par l’armée israélienne s’avéreront totalement contre-productifs, attisant la haine de l’ensemble des Palestiniens et renforçant la légitimité de la lutte armée contre cet Etat raciste et colonialiste. Ce sont les partisans de négociations de paix qui vont se retrouver affaiblis, dans une situation morale indéfendable qui les contraint à fermer les yeux sur les crimes continuels du régime sioniste.
On relèvera, une fois de plus, que nul ne fait davantage que le gouvernement israélien pour susciter l’antisémitisme dans le monde et que l’attitude complice des juifs du monde entier à l’égard du terrorisme d’Etat israélien ne fait que renforcer l’antisémitisme dans chaque pays. Les juifs apparaissent comme des gens totalement cyniques, toujours prêts à pleurnicher sur eux-mêmes, mais dépourvus de scrupules à l’égard des non-juifs.
Frank BRUNNER







