Alors que plusieurs critiques étaient émises jeudi dernier contre la Suisse au Conseil des droits de l’Homme, le Réseau évangélique s’étonne de trouver parmi leurs auteurs des pays qui discriminent et persécutent leurs propres minorités religieuses. Il dénonce l’utilisation à des fins politiques d’un instrument qui est censé protéger les droits fondamentaux des personnes. Il s’inquiète ainsi que des chrétiens soient emprisonnés en raison de leur foi personnelle par des pays qui demandent à la Suisse de s’engager pour l’égalité entre toutes les religions.
Genève, le 10 mai 2008 (jpz) – Dans le nouveau fonctionnement du Conseil des droits de l’homme qui soumet chaque pays membre à la critique des autres, la Suisse a fait l’objet jeudi matin de plusieurs questions critiques face à son respect des minorités. Le Réseau évangélique suisse estime nécessaire que chaque pays accepte de faire son autocritique, sans quoi le fonctionnement même du Conseil des droits humains serait rendu caduc. Mais il dénonce l’utilisation à des fins politiques de cet instrument de sauvegarde des droits de l’Homme par des pays qui violent gravement ces droits dans leur propre pays.
Quelle égalité entre les religions ?
L’Algérie demandait à la Suisse, le 8 mai 2008, de s’engager davantage dans la lutte contre la xénophobie et pour l’égalité entre toutes les religions. Le Réseau évangélique ne peut que dénoncer l’arbre qui cache la forêt. Jean-Paul Zürcher, secrétaire général du Réseau évangélique, déclare qu’« il est difficile de ne pas percevoir dans la demande algérienne une manière fine de détourner l’attention des médias des violations flagrantes aux articles 18 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en Algérie ». En amont de cette réaction, une lettre adressée au gouvernement algérien par l’entremise de l’ambassadeur algérien en Suisse, restée sans réponse. Cette lettre dénonçait le traitement scandaleux infligé à des chrétiens en Algérie, les condamnant à de fortes amendes et à des peines d’emprisonnement sans audition. Le motif : ils auraient porté atteinte à la religion islamique et à son prophète en vivant leur foi chrétienne de manière libre. A noter aussi que 80% des Eglises protestantes d’Algérie ont été fermées ces trois derniers mois par le ministère algérien des affaires religieuses, en raison d’une nouvelle loi qui interdit désormais l’exercice libre d’une religion autre que l’islam. Vendredi 9 mai 2008, plusieurs chrétiens ont encore été arrêtés à la sortie du culte dans la ville de Tiaret !
Le respect des minorités passe par une laïcité ouverte
Norbert Valley, président du Réseau évangélique, rappelle que « le pays qui demande aujourd’hui à la Suisse de s’engager pour la liberté de religion a édicté des lois en 2006 qui traitent différemment les adeptes de cultes autres que musulmans ». Et de souligner que « un pays qui se veut respectueux de toutes ses minorités ne doit pas favoriser une religion au détriment d’une autre, et ne doit pas non plus confiner la religion dans l’espace privé. Le vrai respect passe par la reconnaissance d’autrui dans toutes les dimensions de la personne humaine, y compris les convictions religieuses ». Et le secrétaire général, d’ajouter : « Le vrai enjeu de la liberté religieuse aujourd’hui est d’exiger que chaque pays accepte enfin que ses citoyens puissent changer librement de religion pour adopter la religion de leur choix, et que l’espace public ne soit pas vidé du religieux. Un espace public vidé du religieux ne peut qu’alimenter la suspicion et la haine les uns contre les autres ». Le Réseau évangélique réaffirme ainsi que le respect de toutes les minorités religieuses passe par une laïcité ouverte, qui permet à chacun d’exprimer librement et ouvertement ses convictions.
Le Réseau évangélique est un mouvement qui rassemble des chrétiens issus des Eglises de professants (évangéliques) et des Eglises dites historiques (réformées). Il représente plus de 40’000 chrétiens de conviction évangélique en Suisse romande (250’000 au niveau suisse). Près de 200 Eglises et organisations chrétiennes en sont membre.
Jean-Paul Zürcher
Secrétaire général







