« Je m’efforce d’être au mieux dans mes pompes. Je ne suis pas content tous les jours » : en un an à la tête de la diplomatie française Bernard Kouchner a tenté, souvent avec difficulté, de concilier les droits de l’Homme qu’il a longtemps incarnés comme « French doctor » et la realpolitik, tout en restant le membre le plus populaire du gouvernement.
Voyageur infatigable, sa marge de manœuvre apparaît toutefois fréquemment réduite face à l’activisme sur la scène internationale du président Nicolas Sarkozy. Pour Dominique Moïsi, de l’Institut français des relations internationales, M. Kouchner a apporté à la diplomatie française sa « grande visibilité personnelle, qui reste positive », mais « il est difficile de dire s’il a marqué les événements » depuis un an. Ancien médecin au cœur des crises du tiers-monde, avocat du « droit d’ingérence humanitaire », membre de plusieurs gouvernements de gauche, M. Kouchner incarne aussi aujourd’hui « l’ouverture » politique voulue par Nicolas Sarkozy.
Cet itinéraire vaut à M. Kouchner une notoriété et un carnet d’adresses international enviables, mais aussi quelques inimitiés tenaces. « A droite on me jalouse, et à gauche on me déteste. Mais malgré cela, les Français n’ont pas l’air mécontents », a-t-il observé jeudi soir sur France 2. Un récent sondage le place en effet dans le peloton de tête des personnalités les plus appréciées des Français avec 62 % d’opinions favorables. Depuis un an, M. Kouchner affiche son soutien au chef de l’Etat dont il juge les réformes indispensables, tout en revendiquant sa liberté de parole. Il a ainsi reconnu avoir été tenté de démissionner à l’automne dernier en raison du durcissement de la politique sur l’immigration, mais avoir depuis « changé » d’avis sur ce sujet. En novembre, il justifiait la visite très décriée du leader libyen Mouammar Kadhafi, tout en avouant qu’il avait dû « avaler son chapeau ».
Ami du dalaï lama et sympathisant de la cause tibétaine, il a dû aussi faire preuve de réalisme diplomatique sur ce sujet : « Quand on fait de la politique extérieure avec des pays aussi importants que la Chine, évidemment quand on prend des décisions économiques, parfois c’est aux dépens des droits de l’Homme, ça c’est le réalisme élémentaire ».







