Dans les milieux chrétiens nous nous préoccupons beaucoup d’apporter une présence et une parole, "d’annoncer la bonne nouvelle" aux personnes en situation de faiblesse, de fragilité, de détresse... Nous voulons porter un message qui console et relève. Nous parlons beaucoup de cela, nous cherchons les meilleures manières de le faire, nous voulons nous en donner les moyens, à travers les visites, les aumôneries, les écrits de toute sorte...
Et c’est normal ! C’est ce que Jésus-Christ a fait. Et nous trouvons aussi des paroles de consolation, d’espérance et de relèvement dans les écrits du Premier Testament, face à des situations de détresse et d’écrasement.
Mais avons-nous une parole pour l’homme dans sa force ? Imaginons-nous qu’il puisse même y en avoir une ? Est-ce que nous ne nous limitons pas trop à la parole adressée à l’homme dans sa faiblesse ? Je crains que si.
La conséquence est claire : pour la plupart des gens, l’Eglise profite du malheur humain, de la faiblesse humaine pour "refiler sa marchandise". Et Dieu n’est fort que quand l’homme est faible. Et ainsi Dieu est déshonoré !
Or Jésus avait aussi des paroles pour les forts. C’étaient des paroles de contestation et d’affrontement. Et nous en trouvons aussi chez les prophètes du Premier Testament. Dans l’histoire, il y a toujours eu des chrétiens isolés qui ont osé être porteurs de telles paroles.
Ce qui me frappe dans les paroles bibliques adressées aux forts, c’est qu’elles leur rappellent... leur fragilité : tout passe, la vie humaine, la richesse, la beauté, la puissance, les empires, tous les motifs d’orgueil et d’arrogance ; les triomphants d’aujourd’hui ne seront rien demain. Tout passe, sauf Dieu, sa volonté et son jugement. L’homme n’est qu’un homme : qu’il baisse le front !
Je souhaite que les paroisses et les chrétiens isolés osent davantage affronter publiquement les triomphants du jour, sur leur territoire, et dire que telle pratique économique, tel comportement politique, telle arrogance de riches... tombent sous le jugement de Dieu. Qu’on ose s’en prendre vertement à ceux qui laissent leur conscience s’anesthésier dans le confort d’une vie réduite au travail, à la consommation et aux loisirs, et leur dire qu’ils dansent sur un volcan. Qu’on ose s’en prendre à tout ce qui rabougrit, enlaidit, avilit, abêtit, précarise, animalise les humains, et aux serviteurs et adorateurs du dieu Pognon. Au nom du Dieu qui a pris le visage de Jésus de Nazareth.
Car évangéliser, annoncer l’Evangile, c’est aussi cela. Ce n’est pas seulement soigner les blessés de la vie et parler à eux seuls, c’est affronter ceux qui blessent, écrasent, méprisent ou s’en moquent.
L’Evangile est consolation et contestation, et appel au changement. Le Dieu d’amour n’est pas un dieu douceâtre, son amour est aussi une colère : relisons les évangiles sans les adoucir ! Et disons l’Evangile sans le rendre "gentil".
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