Ceux qui troquent le séjour balnéaire contre une retraite dans un monastère disent éprouver le besoin de se retrouver eux-mêmes sans les artifices et le stress de la vie quotidienne. Prendre le temps de s’écouter à défaut de parler – certains monastères hôtes vivent dans le silence – , permettrait de faire le point sur sa vie afin d’y revenir plus sûr de l’orientation qu’on souhaite lui donner. « J’ai besoin de ce temps dans l’année où rien ni personne ne me distrait. Où on peut se consacrer à être plutôt qu’à faire. Cela me régénère et renforce ma dimension spirituelle » confie Anne, infirmière.
Cette aspiration, cette recherche individuelle, dans un site religieux ou sur un chemin ne sont pas anodines dans ce qu’elle révèlent de la foi contemporaine. Laurent Amiotte-Suchet, sociologue à l’Observatoire des religions de l’Université de Lausanne, a longuement travaillé sur le pèlerinage, partageant même le quotidien des brancardiers accompagnant les malades à Lourdes : « Ces nouvelles pratiques correspondent à l’évolution du fait religieux dans nos sociétés occidentales. Un changement d’attitude qui apparaît dès la seconde moitié du 20ème siècle : on n’appartient plus à l’église pour les mêmes raisons. Une distance est prise, on se pose des questions. Chacun veut choisir la motivation de son appartenance religieuse, celle-ci devient un projet personnel à réaliser plutôt qu’un héritage à préserver », note le sociologue. Au centre de cette réappropriation individuelle du religieux s’épanouit la notion de méditation, nouvelle en milieu chrétien, et censée mûrir le choix conscient d’une religion qu’on s’approprie. Dès lors, les monastères, lieux baignés d’histoire, deviennent des endroits propices à cette recherche personnelle. « Certains les choisiront silencieux, pour mieux se connecter à eux-mêmes.
D’autres au contraire privilégieront l’échange, la confrontation d’expériences et tiennent à dire pourquoi ils sont là », poursuit Laurent Amiotte Suchet. Comme à Lourdes, où les prêtres sont désormais en retrait, laissant largement la parole aux laïcs.« Le pèlerinage n’a plus rien à voir avec le devoir religieux d’autrefois. ». Les paroissiens ne se contentent plus d’écouter, ils s’expriment, ne vivant plus la religion dans un rapport d’autorité à l’Eglise. Comme le souligne Danièle Hervieu-Léger dans « Le pélerin et le converti » « la figure du pratiquant tend à changer de sens : en même temps qu’elle prend ses distances par rapport à la notion d’obligation fixée par l’institution, elle se réorganise en termes d’impératifs intérieurs, de besoin et de choix personnel ». Ainsi, à côté de la figure du pratiquant, celui qui dit « je crois parce que mes pères ont cru » les sociologues en décrivent deux autres, toujours plus présentes : le pèlerin et le converti. Pour le premier, la quête de l’absolu, toute personnelle et poursuivie en-dehors de l’institution, est plus importante que l’objectif. « Sa spiritualité est un cheminement permanent, sans aucune certitude. Il aimera les chemins de pèlerinage. Contrairement au converti, pour qui la découverte de la foi correspond à un moment précis. Il le vit comme une rupture avec sa vie d’avant », conclut Laurent Amiotte-Suchet.







