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Gang des barbares : Youssouf Fofana jugé en France lundi 27 avril 2009, par Aloys Evina

Le procès de Youssouf Fofana et du "gang des barbares" doit s’ouvrir à partir du mercredi 29 avril jusqu’au 10 juillet devant la cour d’assises des mineurs de Paris. L’accusation repose sur le "meurtre avec préméditation" du jeune Ilan Halimi à raison de son appartenance à la communauté juive. Les chrétiens et les Juifs condamnent cet acte ignoble et prient que cela ne se reproduisent pas en France.

est reconnu coupable après avoir avoué avoir personnellement pris part à l’assassinat d’Ilan Halimi. Il a confirmé le stratagème de l’appât mais écarte tout mobile antisémite. Selon Fofana, le « gang des barbares » avait ciblé Ilan Halimi pensant que sa famille avait beaucoup d’argent.

Youssouf Fofana reconnaît avoir appâté Ilan Halimi en sollicitant les services de Yalda. Charmeuse et sans repères, l’Iranienne de 17 ans a raconté aux enquêteurs sa vie de drague et d’embrouilles. C’est elle qui a mené Ilan Halimi à Youssouf Fofana, responsable du rapt et du meurtre.

Un appât nommé Yalda

Yalda a 17 ans. Jolie, peau café au lait, les yeux soulignés d’un trait de khôl et les lèvres barbouillées de rose, la jeune fille a été flattée que « Youssouf le barbare » la choisisse pour monter un plan. Elle s’en est même vantée auprès d’Isabelle, une fille qui partage sa chambre à l’internat : « Il cherchait une bête de meuf et il a pensé à moi. » C’est grâce à Tifenn, 19 ans, « fugueuse » de Bagneux (Hauts-de-Seine), que Youssouf a embauché Yalda. Les deux jeunes filles se rencontrent à l’Institut français de Grignon à Thiais (Val-de-Marne), un foyer éducatif où Yalda stagne en « seconde consolidée ». Le week-end, elle rentre chez sa mère, qui s’est enfuie d’Iran avec ses deux filles après la mort du père, en 1999. Yalda a une petite soeur, retardée mentale parce qu’elle avait été maltraitée par ce père. Atteint « de schizophrénie et de paranoïa », l’homme était devenu violent. « Un bagage lourd à porter » pour Yalda, explique Me Eric Plouvier, son avocat. Après avoir été transportée de logement de fortune en foyer, la mère de Yalda a obtenu un appartement HLM à Sevran (Seine-Saint-Denis), et le statut de réfugiée politique.

A 13 ans, en classe de cinquième, l’adolescente a été violée par trois garçons de son collège, et a porté plainte. « Mineure en danger », un juge des enfants l’a placée en 2003 dans ce foyer avec suivi éducatif. Il y a un an, Yalda fait une tentative de suicide avec les médicaments de sa mère. Puis elle a cherché des plans garçons, des plans sorties, des plans mannequin ou des plans tunes. Au printemps 2005, Tifenn lui présente un mec « gentil » de sa cité qu’elle « kiffe un peu ». C’est Youssouf Fofana. « La première fois, il m’a fait comprendre que je lui plaisais beaucoup », explique Yalda, de huit ans sa cadette. Aujourd’hui, lui affirme qu’ils ont été ensemble. Ce qu’elle nie. En fait, Fofana a surtout besoin d’une jolie fille pour attirer un « petit Blanc » de Bagneux dans une cave, un « garçon bête » qui va la suivre. « Le garçon allait être filmé, devait avouer des choses et Youssouf aurait eu de l’argent en échange », raconte Yalda. Elle a donc sonné à l’interphone du garçon mais a été mal reçue par sa mère. Yalda devait recommencer le soir mais n’en avait « plus envie » ; Youssouf a laissé tomber. Tifenn l’a alors remplacée par Ruth, une autre fille de l’internat. Ça n’a pas marché non plus, mais elle a touché 80 euros et s’est acheté une paire de bottes. Puis il y a eu brouille entre Tifenn et Yalda « à cause de Youssouf ». « Il m’envoyait sans cesse des messages, explique la jeune Iranienne, et comme Tifenn avait des vues sur lui... »

A l’enquêtrice de la brigade criminelle qui l’interroge sur cet épisode, la jeune fille répond : « Pour moi, c’était pas grave car Tifenn m’avait dit qu’ils allaient juste lui poser des questions puis le relâcher. » « C’est donc pas grave de garder quelqu’un contre son gré jusqu’à ce qu’il avoue quelque chose ? » « Ben, non », répond Yalda.

Rabibochées depuis la rentrée scolaire de septembre, Yalda et Tifenn sortent souvent ensemble. Isabelle et Yalda ont posé en tenues sexy pour un photographe qui les a payées 30 euros et se sont même constitué un book sur cédérom. Après Noël, Yalda rencontre Samy, un mannequin de 20 ans. « Je l’ai connu par l’Internet mais je connais pas son nom de famille ni son adresse. » Il devient son petit ami.

Rendez-vous à Denfert-Rochereau

Et revoilà Fofana. Tifenn explique à Yalda qu’il a « une affaire à [lui] proposer ». Elle refuse d’en parler au téléphone parce qu’elle a peur d’être sur écoute. « T’inquiète, t’inquiète, va le voir. » Coup de fil du chef, qui fixe rendez-vous à la station de RER Denfert-Rochereau, à Paris. Mardi 17 janvier, Youssouf ­ qu’elle appelle « Oussama », comme Ben Laden ­ l’emmène dans sa Twingo noire vers « un quartier juif » du côté de République. Il lui explique sa mission : « prendre des numéros de Juifs qui travaillent dans la téléphonie ». Elle demande pourquoi. « Je veux prendre un des Juifs en otage car les Juifs sont solidaires entre eux et ils paieront. » Un jour, « il y avait une cérémonie juive », explique Yalda, et c’est comme ça qu’il avait « repéré les magasins fermés ». Il laisse Yalda devant une boutique de téléphones du boulevard Voltaire. Elle porte un jean serré dans ses bottes, un « haut et une écharpe rose pour que ce soit coordonné ». Elle entre. « Ilan était seul. » Elle le trouve « mignon ». Elle lui pose des questions sur les téléphones. « J’espérais qu’il allait me draguer car je n’arrivais pas à engager le truc. » Il lui note son numéro de portable sur un papier au cas où « elle change d’avis ou autre chose ».

Elle retrouve Youssouf dehors et le lui donne aussitôt.

« Il était très content. » Il achète des paninis. Il la félicite : « Avec toi, je sens que je peux faire de bonnes affaires. » Il l’encourage : « Vu ton physique, tu peux faire des fortunes. Tous les garçons tomberont dans le panneau. » Il lui « prend la tête » avec d’autres plans. Il peut la « ramener dans des bars chic de Paris pour draguer des vieux, afin de leur soutirer de l’argent ». Comme dans l’Appât, film de Bertrand Tavernier inspiré d’une histoire vraie de 1986, il s’agit de séduire des « vieux », de les « mettre en confiance », de laisser miroiter « une relation plus poussée », de se faire « prêter de l’argent » et puis de disparaître. L’idée déplaît à Yalda. Elle ne veut pas être « assimilée à une prostituée ». « Avec toi, je peux faire des merveilles », insiste « Oussama ».

Il persuade Yalda qu’ils sont dans la même galère sociale.

« On est des Arabes et des Noirs, faut qu’on se soutienne. » Elle lui demande s’il est raciste. Il répond non. Mais « d’après lui, les Juifs étaient les rois car ils bouffaient l’argent de l’Etat et il était noir, il était considéré comme un esclave par l’Etat ». Elle s’inquiète de ce qu’il compte faire si la famille d’Ilan ne peut verser la rançon. « Ce n’est pas possible », répète-t-il. Les Juifs sont « des victimes idéales » car, « s’ils n’ont pas d’argent, la communauté s’arrangera pour payer ». Elle veut savoir combien il « réclamera aux parents d’Ilan ». « Ça ne te regarde pas. » Elle insiste. « 10 000 ? » Elle insiste encore. Monte jusqu’à 300 000. « Arrête de me poser des questions. » Mais comment compte-t-il récupérer l’argent ? « Il m’a dit qu’il avait une idée infaillible » mais ne voulait la dévoiler à personne « de peur que quelqu’un l’imite ». Pour attirer le garçon, « Youssouf le barbare » lui promet en tout cas « beaucoup d’argent, 5 000 euros ».

Un Ice Tea et un Coca porte d’Orléans

Une heure après sa visite, Yalda rappelle le jeune vendeur. « J’ai proposé à Ilan d’aller boire un verre vendredi soir et il m’a dit oui direct. » Sitôt raccroché, Fofana « enlève la batterie et la puce du téléphone, afin que la police ne puisse pas le repérer ». Il dépose l’appât chez sa mère. « Tu dois en parler à personne. »

Yalda retourne à l’internat mercredi 18 janvier, et parle. Tifenn et Isabelle pensent que « c’est un truc de malade ». « II lui arrive tellement d’histoires extraordinaires à Yalda que je ne crois pas toujours ce qu’elle raconte », dira Isabelle. Vendredi 20 janvier à 10 heures, Tifenn annonce à Yalda qu’elles ont rendez-vous avec Fofana, le jour même. Le projet effraie un peu Yalda. « Tu ne penses qu’au négatif, tu ne peux plus reculer sinon Youssouf va s’énerver », répond sa copine. Fofana conduit Yalda à un taxiphone. « J’ai eu Ilan et je lui ai fixé rendez-vous pour 22 heures devant le café Paris-Orléans. » Fofana la conseille : rester « naturelle » et « le chauffer », même « s’il faut l’embrasser ». Elle refuse. « Je lui ai dit que j’étais prête à lui prendre la main, mais pas plus. » Il la ramène chez sa mère, revient la chercher à 19 heures. « Il m’a expliqué le plan en me criant dessus car j’avais envie de faire machine arrière [...]. Je devais conduire Ilan dans un endroit prévu par lui et des garçons devaient s’occuper de tout ensuite. » Il emmène la jeune fille à Bagneux, lui présente Christophe Martin-Valet ­ « Moco », chauffeur et guide ­ puis l’entraîne à Sceaux pour repérer les lieux du guet-apens, à la « coulée verte », non loin d’un gymnase.

Il est 23 heures. Moco dépose Yalda porte d’Orléans. Elle a décalé le rendez-vous avec Ilan. Il l’attend. Elle arrive, toute belle, moulée dans un pantalon blanc, bottes montantes et manteau ouvert sur sa poitrine. Ils vont au café, elle prend un Ice Tea, lui un Coca. Elle lui propose de « boire un dernier verre » chez elle. Arrivés à Sceaux, elle lui demande de se garer sur le parking du gymnase. Ils marchent dans le parc. « Je ne sais pas où j’ai mis mes clés », dit-elle soudain. « Clés », c’est le code, le signal de départ. Trois garçons encagoulés jaillissent des fourrés et sautent sur Ilan. « Dégage ! » hurle Fofana à Yalda. Elle se dit « bouleversée » par les cris d’Ilan qui, « pendant deux minutes, demande de l’aide d’une voix aiguë de fille ». Elle rejoint son chauffeur et pleure. Selon Moco, elle a trouvé le garçon « gentil » et « respectueux ». « C’est pas grave, faut que tu oublies », répond Moco. Plus tard, devant ses larmes, Tifenn prend Yalda dans ses bras et la rassure aussi : « C’est fini, il n’arrivera rien à Ilan. »

Entre 5 000 et 10 000 euros

Dans un appartement de Bagneux, gardé par quatre geôliers, le jeune homme est menotté, attaché, entouré de scotch argenté comme une momie, avec juste un trou pour respirer. Pendant ce temps, Yalda mange une glace à Montparnasse en compagnie de Moco et de Samy, son petit ami. Fofana les rejoint à la sortie du restaurant. Il répète de se taire et promet à Yalda une « enveloppe, entre 5 000 et 10 000 euros ». En attendant, il offre au couple une nuit dans un hôtel trois étoiles, à 106 euros la chambre. Entre les trajets en voiture et la glace, Yalda est tombée amoureuse de Moco. Mais cette nuit-là, elle sera enceinte de Samy.

Cheveux décolorés sur les conseils de Tifenn, Yalda a repris le chemin de l’internat. Le 14 février, Isabelle lui téléphone. « Une affaire comme la mienne passait à la télé sauf que la fille était blonde et que le mec avait été retrouvé dans le 91. » Elle n’a pas fait le rapprochement. Deux jours plus tard, elle regarde les informations. « J’ai eu un choc en apprenant la mort d’Ilan », dit-elle aujourd’hui. Elle a appelé Moco. Elle a gardé le silence. Elle a attendu que ça se passe. « Objet télécommandé » par le gang ­ le mot est de son avocat ­, Yalda a continué ses plans. Se rendre à la police ? « Ben non. Tifenn a dit qu’il ne fallait pas. »

Source : Libération France


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