Deux nouveaux chrétiens, dont une femme, ont été tués dimanche soir par des hommes armés à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, ont annoncé les autorités irakiennes précisant qu’il s’agit d’une "attaque terroriste".
Au Kurdistan irakien, dans le nord du pays, une région où la présence chrétienne remonte à la fin du 4° siècle, de nouvelles attaques ont eu lieu ces derners jours. Le Kurdistan irakien étant “de facto” séparé du reste de l’Irak, les Chrétiens du Kurdistan connaissent les mêmes difficultés économiques que les autres Kurdes, avec, en plus, la difficulté de vivre dans un milieu musulman, et le sentiment d’être abandonné par la hiérarchie. Conséquence : ils émigrent. Cette émigration s’est faite en deux temps : dans un premier temps, les campagnes ont été “vidées” de leur population — chrétienne ou musulmane — par l’armée. Et dans un deuxième temps, ce sont les villes qui perdent leur population chrétienne, qui émigre vers Bagdad, et surtout vers l’étranger.
A Zakho, 30 villages chaldéens et 40 églises ont été rasés : en dehors des villes de Zakho et de Dohok, il ne reste plus que cinq villages ! Des églises très anciennes, certaines de plus de 10 siècles, ont été détruites, et d’autres, comme celle de Beidar, à la périphérie de Zakho, sont dans un état lamentable : après avoir été utilisée comme cantonnement par l’armée irakienne jusqu’au printemps 1991, elle sert aujourd’hui ... d’étable.
Le village de Sheranesh, à une vingtaine de kilomètres de Zakho, illustre la tragédie de ces familles chrétiennes du Kurdistan : environ 85 familles vivaient dans ce village qui possédait deux églises, dont l’une, vieille de plus de mille ans, était l’une des plus anciennes du Kurdistan.
Les deux petites paroisses arménienne (174 familles en 1991) et syrienne catholique (32 familles en 1991) ont également vu leurs populations fondre ces dernières années. “Presque tous les Chrétiens ne pensent qu’à aller vivre à l’étranger — c’est un rêve”, remarque avec tristesse un de leurs leaders.
Beaucoup de ces candidats à l’émigration sont aujourd’hui en transit, en Turquie, où plusieurs centaines d’entre eux vivent dans des conditions lamentables dans un camp, près de la frontière, à quelques kilomètres de Zakho ; ou en Jordanie, où ils attendent désespérément le visa qui leur permettra enfin d’aller en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis. Ceux qui croupissent — il n’y a pas d’autre mot — en Turquie sont des réfugiés arrivés en avril 1991, lors du grand exode, et qui n’ont pas voulu retourner en Irak.
En Jordanie, leurs compatriotes vivent, relativement, dans de meilleures conditions : ce sont des Chrétiens qui ont tout vendu après la guerre du Golfe, leur maison, leurs meubles, leur voiture, mais qui n’obtiendront probablement jamais leur visa ; peu à peu leurs économies fondent, et ils devront rentrer chez eux en ayant tout perdu.
Chrétiens et Musulmans s’affrontent aussi pour la possession des terres : de nombreux villages chrétiens étaient autrefois exclusivement habités de chrétiens, et il n’y avait pas de problème : tout le monde savait que leurs terres appartenaient aux chrétiens. Mais peu à peu, des Kurdes musulmans sont venus habiter dans ces villages où ils travaillaient comme bergers, cultivateurs ; et peu à peu la population musulmane est devenue aussi importante que la population chrétienne... Après le début du soulèvement du général Barzani en 1962, de nombreux Chrétiens ont fui l’insécurité et abandonné leurs villages, et les Musulmans ont commencé à occuper leurs terres. Ce mouvement s’est amplifié en 1970, après la signature de l’accord sur l’autonomie du Kurdistan ; et en 1976, après l’effondrement du mouvement du général Barzani. Dans certaines régions où le gouvernement avait installé des familles arabes dans le cadre de sa politique d’arabisation, les villages ont été occupés par des Kurdes musulmans quand les Arabes se sont enfuis devant l’arrivée des troupes alliées en 1991. Et partout les Kurdes musulmans disent : “ces villages nous appartiennent”. Et ils cultivent les terres, que réclament aujourd’hui leurs propriétaires chrétiens vivant à Zakho ou à Bagdad.







