Quelle est la différence entre le discours de M. Barack Obama au Caire et celui qu’il a délivré hier devant le parlement du Ghana ? Dans le premier discours, adressé à un « monde islamique » trop virtuel pour être vrai, le président américain a intégré toutes les pesanteurs washingtoniennes liées au dossier du Proche-Orient. Le choix du Caire était celui du « réalisme », alors que l’Indonésie, plus démocratique et plus peuplée, aurait été mieux indiquée. Mais il fallait justement, s’agissant d’un monde islamique que l’on veut trop « spécifique », ne pas trop insister sur la démocratie et les droits de l’homme : il fallait favoriser les « amis modérés » au détriment des radicaux présumés. Quelques démocrates arabes ont regretté que le président américain paraisse en définitive aussi complaisant que ses prédécesseurs à l’égard de régimes « amis » qui ne sont pas des modèles de démocratie.
Le choix du Ghana comme lieu du message africain de Barack Obama n’a pas obéi à la realpolitik. Le Ghana est l’un des rares pays africains où l’alternance démocratique a été réalisée sans chicane, et où un opposant, qui a gagné avec une marge très réduite, a pu prendre sans drame le pouvoir qui lui a été donné par les électeurs. Les raisons qui ont fait préférer Le Caire à Djakarta n’ont pas été de mise pour l’Afrique. Comme si, libéré des pesanteurs et des lobbys washingtoniens si actifs pour le Proche-Orient, Barack Obama redevenait lui-même.
En réalité, le message du président américain au Ghana vaut autant pour l’Afrique que pour le monde islamique. Sa force est qu’il s’adresse à l’intelligence et rejette ce discours de la « spécificité » qui permet aux dirigeants africains ou autres - islamiques par exemple - d’imposer des modèles de gouvernance archaïque et inefficace. La lecture de l’interview de Barack Obama accordée au site « all.africa.com » montre que le président américain a une connaissance assez poussée de l’histoire récente de l’Afrique. Et c’est cette connaissance qui le conduit à refuser toute complaisance à l’égard des dirigeants africains.
Le président américain a relevé que lorsque son père a quitté le Kenya, ce pays avait un PIB supérieur à celui de la Corée du Sud. « On a parlé d’héritage du colonialisme et d’autres politiques mises en place par les pays riches. Sans vouloir minimiser ce facteur, mon propos est de dire que la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité ».
Le propos de Barack Obama est radicalement différent de celui polémique et à effet de manche délivré par Nicolas Sarkozy à Dakar et qui évoquait un « homme africain immobile » dans un univers fermé à l’idée de progrès. Obama n’est pas dans le mythe ou l’effet verbal. Il met en cause des gouvernants et des systèmes politiques qui entravent la marche des sociétés et qui deviennent des facteurs de régression. C’est ce qui le rend plus à l’aise pour dire que les indépendances datent de 50 ans et que les Etats-Unis ne sont pas les auteurs des mauvais choix qui ont nui à l’économie du Zimbabwe au cours des dernières années.
« Je crois qu’il est important pour les dirigeants africains d’assumer leurs responsabilités et d’être tenus pour responsables ». C’est parce qu’il est dénué de paternalisme et qu’il ne fait pas de concession à la prétendue « spécificité » africaine que le discours d’Obama fera date.
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