Tandis que les banques retrouvent profits et bénéfices, à la grande joie des traders, beaucoup de familles françaises ont toujours les deux pieds dans la misère et peinent à s’en sortir. Hier, s’est ouvert à Rome le sommet de la FAO, l’organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture. On vient d’y lancer le vœu pieu d’éradiquer la faim dans le monde. Tout en faisant l’horrible constat : 17 000 enfants meurent chaque jour de la famine et la malnutrition. Un toutes les cinq secondes. Effarant génocide.
En France, les associations font aussi de bien tristes constats. Selon le Secours populaire, on compte deux millions d’enfants pauvres dans l’Hexagone. L’association estime que la France est « une terre de grandes inégalités où l’écart se creuse de plus en plus. La pauvreté des enfants est plus forte en pourcentage que celle des adultes. Ceci est dû à l’impact des familles nombreuses et est renforcé par le fait que les enfants ne peuvent compenser leur pauvreté, parce qu’elle leur est imposée. » Il analyse une fragilisation des parents, qui ne sont plus capables de « maintenir une bulle, ou une oasis, tant leurs conditions de vie sont dégradées ». Le Secours populaire insiste sur la difficulté pour ces enfants de pouvoir suivre une scolarité dans ces conditions.
Du côté du Secours catholique, qui a sorti son rapport la semaine dernière, ce sont les femmes et les enfants qui trinquent. Comme le Secours populaire, il pointe que ce sont les femmes qui vivent seules avec des enfants, souvent avec des contrats à durée déterminée ou des temps partiels qui souffrent le plus.
Du côté des femmes, ce sont celles de moins de 25 ans et celles de plus de 50 ans qui sont les plus fragilisées. Le Secours catholique a rencontré 663 000 situations de pauvreté en 2008, soit 1,45 million de personnes, représentant 780 000 et 670 000 enfants. Ces chiffres sont en hausse de 2,3 % par rapport à 2007.
Les équipes de nuits des Restos du Cœur viennent tout juste de commencer leur distribution : « Il y a 3 ou 4 ans, observe Michel, bénévole, on rencontrait essentiellement des SDF. Depuis deux ans, et en particulier depuis l’hiver dernier, on commence à avoir des personnes âgées, mais aussi des personnes qui ont un emploi mais avec trop peu d’heures de travail, et plus récemment encore, des étudiants. Et, il est vrai, quelques familles avec enfants, même si c’est encore rare… ».
Un constat irréfutable qui devrait mobiliser bon nombre de personnes. Cependant, nous constatons une baisse vertigineuse du bénévolat, en France. Selon les sociologues, il s’agirait d’un phénomène engendré par notre société libérale. En effet, l’individualisme fait que beaucoup ne se sentent appartenir à l’ensemble sociétal. Chacun se replie sur ses acquis par peur de les perdre.
Certains voient dans la pauvreté le possible reflet de leur avenir. Ils préfèrent fermer les yeux face à cette réalité. Mais, nous chrétiens ne pouvons laisser notre monde dans un tel désarroi. Il nous faut partager avec les autres aussi bien les malheurs que les joies. Pour cela, nous devons nous mettre debout avec la conscience d’une mission à accomplir. Cette mission sera auréolée de prophétisme. Seuls, les chrétiens qui s’abîment dans la prière puiseront l’audace de donner du réconfort à ceux qui sont dans le besoin. Avec l’amour de Dieu dans le sourire et le regard.
Soyons les premiers de cordées qui ne désespèrent point de la situation. Mais, la rendent plus viable afin de donner un visage plus humain au monde. Et à la France en priorité qui attend un nombre considérable de bénévoles. Ils ne viennent pas pour les raisons que nous savons. Les chrétiens n’ont aucune excuse. Ils ont toujours été aux avant-gardes pour servir leurs frères en humanité. Saluons aussi les jeunes et moins jeunes qui se donnent pour les autres. Ce sont les forces vives de notre pays. Les bonnes volontés qui ne se contentent pas d’être spectateurs pleurnichards devant le spectacle génocidaire des pauvretés infantiles. Mais qui relèvent les manches et agissent contre ces injustices égotiques. Les chrétiens possèdent en eux la vision d’un monde meilleur et ne peuvent accepter passivement celui-ci. Et dire que Vendredi sera la journée internationale des Droits de l’enfant...
Bruno LEROY.
Source : La Dépêche.







