Autour de Jean-Marie Le Pen on estime que Nicolas Sarkozy peut avoir besoin du Front national. Ce à quoi Jacques Chirac s’était toujours refusé.
Les dirigeants du Front national ne sont pas sûrs que la surprise 2002 d’un Jean-Marie Le Pen présent au deuxième tour de la Présidentielle se reproduira. Mais ils sont persuadés que l’ère chiraquienne de refus de tout accord est désormais révolue. Et que par voie de conséquence, un certain type de dialogue pourra être imposé à Nicolas Sarkozy.
Chez Nicolas Sarkozy on est formel : il n’y a pas la moindre discussion entre responsables de l’UMP et du Front national mais il est nécessaire de s’adresser aux électeurs de Jean-Marie Le Pen. Ce dernier a parfaitement observé cette volonté d’empiétement sur son territoire. Il a répliqué la semaine dernière en allant se promener sur la dalle d’Argenteuil et en proclamant que c’est un endroit où Nicolas Sarkozy n’ose pas se rendre. Le message à l’attention de l’électorat frontiste est clair : l’homme de droite audacieux et courageux c’est Le Pen, pas Sarkozy.
Rien de tel en effet qu’une démonstration de force quand on a aussi constaté que l’adversaire a récemment fait des petits gestes qui rapprochent. Au Front national on prend en considération deux initiatives de Nicolas Sarkozy "que Chirac n’aurait jamais prises". D’abord, l’idée d’un ministère s’occupant de l’immigration et de l’identité nationale : c’est le signe que des points de rencontre de fond sont possibles entre lepénisme et sarkosisme. Ensuite, lorsque Jean-Marie Le Pen craignait de ne pas obtenir les cinq cents parrainages de maires nécessaires à sa candidature présidentielle, c’est Nicolas Sarkozy en personne qui a déclaré qu’il trouverait anormal que le leader du Front national soit absent de la compétition. Ce qui a débloqué la signature d’un nombre suffisant de maires divers droite. Vu du FN, une certaine dépendance réciproque UMP-FN s’est alors installée.
L’étape suivante se situera entre les deux tours de la Présidentielle. Si comme c’est probable, Nicolas Sarkozy y participe, il aura besoin du réservoir de voix Front national. Il n’est pas dans la situation de Jacques Chirac en 1995 qui, en plus de ses 20,8 % de voix, pouvait compter sur le report des 18,5 % obtenus par Edouard Balladur. En 2007, Nicolas Sarkozy ne peut guère espérer un très bon report des suffrages de François Bayrou. A supposer que celui-ci ne soit pas au deuxième tour. On s’attend donc dans l’entourage de Jean-Marie Le Pen à ce que des contacts s’établissent avec le président de l’UMP après le 22 avril.
Ce qui peut se négocier alors concerne les élections locales à venir. Aux législatives de juin puis aux municipales de l’an prochain, le Front national ne veut plus que ses candidats arrivés en tête soient exclus de tout accord avec l’UMP ; ce qui le plus souvent favorise la gauche. Du coté des élus de l’UMP, nombreux sont ceux qui, réciproquement, souhaitent pouvoir s’appuyer sur la bienveillance des candidats frontistes dans des seconds tours face à la gauche. Le FN peut entrer dans un dialogue sur ces sujets entre les deux tours de la présidentielle et l’UMP peut en tirer un soutien implicite pour Nicolas Sarkozy.
Ensuite, si Nicolas Sarkozy l’emporte, beaucoup dépendra des conditions de sa victoire. Sera-t-il un mois plus tard en mesure de provoquer un mouvement électoral en faveur d’une majorité législative qui lui soit amplement favorable ? Dans ce cas, les exigences du FN ne pèseront pas. Mais si les législatives reproduisent entre les partis à peu près les pourcentages des candidats du premier tour de la présidentielle, alors le Front national sera fort et les pressions pour des ententes avec lui entre les deux tours des législatives seront nombreuses.
RTL







