Les trois présidents du Conseil des Églises chrétiennes en France, Mgr Jean-Pierre Ricard pour les catholiques, Jean-Arnold de Clermont pour les protestants, Mgr Emmanuel pour les orthodoxes, ont décidé d’écrire au premier ministre, Dominique de Villepin, pour lui expliquer les raisons de leur opposition au projet de loi Sarkozy.
Dans cette lettre, qui devrait être rendue publique lundi ou mardi prochain, ils estiment que les migrations sont « un véritable défi qui mériterait d’être situé dans le cadre d’une politique globale ».
Le président de la Fédération protestante de France craint « une fragilisation de la situation des migrants » et regrette la priorité accordée à la « logique économique ». « Depuis vingt ou trente ans, ajoute-t-il, ces questions ont été prises le nez sur des difficultés dont personne ne nie l’existence. Il est peut-être temps de s’en saisir en amont. » Jean-Arnold de Clermont espère que le chef du gouvernement renoncera à cette loi « supplémentaire » et compte sur une mobilisation « du même type » que contre le CPE.
Du côté catholique, Mgr Olivier de Berranger assure que Nicolas Sarkozy « est bien conscient que la résistance la plus forte à son projet viendra des chrétiens ». « Avons-nous été écoutés ou réellement entendus ? », s’interroge-t-il. Cette position serait largement partagée au sein de l’épiscopat. Mais, discrètement, quelques voix font cependant remarquer que l’opposition officielle au projet vient des évêques de la commission ad hoc et non pas des dix membres du « Conseil permanent » de la Conférence des évêques de France, qui pour l’instant restent silencieux.
Sophie de Ravinel (Le Figaro)
Nicolas Sarkozy a écrit aux Eglises chrétiennes de France, qui sont en désaccord avec son projet de loi sur l’immigration. Mais les modifications qu’il propose ne sont que des « points de détail » qui ne changent en rien la philosophie du texte, regrette La Croix, qui publie son courrier
Le quotidien La Croix publie dans son édition de jeudi les courriers que Nicolas Sarkozy a adressé aux Eglises chrétiennes de France, en désaccord avec la philosophie de son projet de loi sur l’immigration. Dans ces textes envoyés aux présidents de la conférence des évêques de France, de la Fédération protestante et de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France - leur contenu diffère un peu selon le destinataire, il y justifie son projet par « l’impérieuse nécessité d’une transformation de notre politique d’immigration - dans le respect, naturellement, des principes fondamentaux de la République ». « Je serai attentif à ce que le texte soit utilement amendé », glisse le ministre.
Des points de détail
« J’ai d’ores et déjà retenu, de nos échanges, l’intérêt tout particulier que vous portez à trois questions : la stabilité de la situation des travailleurs étrangers (dont la carte de séjour ne sera pas retirée en cas de rupture de contrat), les délais de recours juridictionnels, ainsi que la protection des femmes victimes de violences conjugales », note le ministre.
Le 10 avril, trois représentants de la Conférence des évêques français avaient exprimé au ministre leur désaccord avec son projet. « L’immigration choisie plutôt que subie, c’est très à la mode dans le monde occidental. Mais pas d’accord pour que nous prenions aux pays pauvres les cerveaux, les « bons » immigrés, et laissions les plus pauvres », avait notamment déclaré à la presse Mgr Olivier de Berranger. L’éditorialiste de La Croix, Dominique Gerbaud, souligne qu’« il est plutôt rare qu’une ministre annonce à l’avance qu’il souhaite des modifications à sa loi », mais souligne que « l’opposition des Eglises chrétiennes ne porte pas sur des points de détail qui pourraient être aplanis par quelques amendements ». (L’Express)
Une cinquantaine d’associations chrétiennes dénoncent la « logique économique » du projet.
La première offensive contre le projet de loi sur l’immigration et l’intégration est assez inattendue. Lundi, soit une semaine avant que les députés n’entament, le 2 mai, l’examen du texte, un collectif réunissant une cinquantaine d’associations chrétiennes lancera un appel à la vigilance. « Cet appel s’adressera au gouvernement et au ministre concerné, et vise à sensibiliser l’opinion publique sur les risques que cette loi risque d’engendrer », a indiqué vendredi un porte-parole du Secours catholique.
Les présidents du Secours catholique, du Comité catholique contre la faim et le développement, ou encore de la Cimade seront présents à cette conférence de presse. Et, selon le Figaro de vendredi, les trois présidents du Conseil des Eglises chrétiennes de France, Mgr Jean-Pierre Ricard pour les catholiques, Jean-Arnold de Clermont pour les protestants et Mgr Emmanuel pour les orthodoxes, vont écrire à Villepin pour s’opposer à ce projet. Ce courrier sera rendu public en début de semaine.
« Fragilisation ». Au centre de leurs préoccupations, le regret que « la logique économique », selon la formule du président de la Fédération protestante de France, guide ce projet de loi, et l’inquiétude face au durcissement des conditions du regroupement familial, jusqu’ici pierre angulaire de la politique d’immigration en France. Le projet de loi Sarkozy prône un changement de cap profond, puisqu’il vise à adapter les flux migratoires aux besoins économiques du pays, afin de s’éloigner d’une logique « d’immigration subie ».
Le ton utilisé se veut même menaçant, puisque Jean-Arnold de Clermont souhaite que Dominique de Villepin renonce à ce texte « supplémentaire » et espère une mobilisation « du même type » que celle contre le CPE. « Ce projet de loi est une fragilisation considérable pour les migrants et leurs familles », a-t-il aussi déclaré, critiquant « la connotation électoraliste, une fois de plus », de ce projet, à un an de la présidentielle.
Ce n’est pas la première fois que l’Eglise a manifesté son opposition à ce projet. Dès le 6 avril, à Lourdes, l’épiscopat français s’était dit « pas d’accord » avec ce texte. Des rencontres ont ensuite eu lieu place Beauvau, sans parvenir à dissiper l’inquiétude de la hiérarchie de l’Eglise chrétienne.
Coup de bluff. En dépit d’un courrier que leur a adressé ces derniers jours Nicolas Sarkozy, plusieurs voix ont réaffirmé ces réticences : « Nous ne sommes pas convaincus. Tout cela va dans le sens d’une opinion qui est malgré tout frileuse », a déclaré l’évêque de Saint-Denis, Mgr Olivier de Berranger. Conscient du poids de l’Eglise sur le sujet, Nicolas Sarkozy, tout en justifiant son projet, a assuré que ce texte serait « utilement amendé ». Les initiatives prévues lundi montrent que ce coup de bluff n’a pas convaincu. (Liberation)
La mobilisation contre le projet de loi sur l’immigration prend de l’ampleur
PARIS (AP) — A dix jours de l’examen à l’Assemblée nationale du nouveau projet de loi sur l’immigration, les associations et les milieux chrétiens se mobilisent pour contester la politique du ministre de l’Intérieur et s’alarmer de la philosophie de son projet de loi, vu comme une nouvelle menace pour les étrangers installés en France. La mobilisation grandissante des milieux chrétiens, qui se traduira lundi par un appel lancé par cinquante organisations inquiètes de cette réforme, a poussé Nicolas Sarkozy à écrire aux représentants des Eglises chrétiennes en France.
« Les flux migratoires sont aujourd’hui sans rapport avec les capacités d’accueil de notre pays », a écrit Nicolas Sarkozy pour justifier son projet auprès du cardinal Jean-Pierre Ricard, président de la conférence des évêques de France, ainsi que des présidents de la fédération protestante Jean-Arnold de Clermont et des évêques orthodoxes de France Mgr Emmanuel.
Le ministre y explique qu’il sera « attentif à ce que le texte soit utilement amendé » lors de son passage au Parlement, à partir du 2 mai. Ce courrier fait suite à une rencontre entre le ministre et les évêques catholiques, venus faire part de « huit points de sérieuses inquiétudes », selon « La Croix », qui a publié le courrier cette semaine. Mais la réponse de Nicolas Sarkozy « ne nous rassure pas », a commenté l’évêque de Saint-Denis Olivier de Berranger au quotidien.
Les inquiétudes de l’Eglise catholique rejoignent en grande partie celles des associations de défense des droits de l’Homme et des étrangers. Tous critiquent en effet l’utilitarisme sous-jacent à l’immigration « choisie » préconisée par Nicolas Sarkozy.
Ils s’inquiètent aussi d’une précarisation des familles et des enfants entraînée par le durcissement des conditions imposées pour le regroupement familial, pour les mariages entre Français et étrangers et pour la délivrance de la carte de résident de dix ans.
Eglises et associations dénoncent également le sort fait aux sans-papiers, qui ne pourront plus obtenir de régularisation qu’à titre exceptionnel, même s’ils prouvent vivre en France depuis très longtemps.
Le collectif « Uni contre une immigration jetable », qui regroupe près de 500 organisations opposées au projet de loi, appelle à une journée nationale d’action le 29 avril contre ce texte.
Cinq associations membre de ce collectif (Cimade, Gisti, LDH, Mrap et Syndicat de la magistrature) ont par ailleurs déposé jeudi un recours demandant au Conseil d’Etat d’annuler une circulaire signée le 21 février par Nicolas Sarkozy. Ce texte, adressé à toutes les préfecture et aux procureurs, détaille comment procéder à des contrôles d’identité et à l’interpellation de sans-papiers en vue de leur expulsion, y compris au guichet des préfectures, dans les foyers pour demandeurs d’asile ou dans la rue. « L’idée de cette circulaire, c’est d’utiliser toutes les ficelles pour contrôler le plus d’étrangers possible et faire du chiffre en matière d’expulsions », a dénoncé vendredi la présidente du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) Nathalie Ferrée, jointe par l’Associated Press. Même si ce recours ne sera pas examiné avant de long mois, « d’un point de vue symbolique, il aurait été difficile pour des organisations comme les nôtres de ne pas réagir », a-t-elle ajouté. La circulaire précise également comment les forces de l’ordre peuvent procéder à des contrôles d’identité dans les hôpitaux, ce qui a indigné l’organisation Médecins du monde, qui a lancé une pétition pour défendre le droit de « se faire soigner sans se faire arrêter ». La semaine a également été marquée par une grève de la faim spontanée des étrangers du centre de rétention de Vincennes, mécontents des conditions dans lesquelles leur situation individuelle sont examinées en vue d’une expulsion. Commencée mardi par la grande majorité des quelque 130 étrangers retenus à Vincennes, le mouvement n’était plus suivi vendredi que par 14 personnes. (
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