« Il y a 50 ans, Berlin comptait 80% de protestants. Aujourd’hui, on en dénombre moins de 20% ». Cette petite phrase résonne encore à mes oreilles. Lorsqu’un délégué d’une Eglise allemande l’a prononcée du haut de la tribune, j’ai découvert la réalité d’une autre Eglise, une Eglise comme la mienne, confrontée aux mêmes difficultés, soumise elle aussi au défi de la modernité et de la sécularisation européenne. Et soudain, le mot communion a pris un autre sens. Il ne s’agissait plus d’une communion théologique et ecclésiologique fondée sur de belles paroles, mais beaucoup plus d’une sympathie au sens originel de « souffrir ensemble ». C’est d’abord cela mon ressenti en participant à l’Assemblée Générale de la Communion d’Eglises Protestantes en Europe (CEPE) : une prise de conscience.
La CEPE, issue de la Concorde de Leuenberg, a été constituée en 1973. Elle regroupe les Eglises Protestantes d’Europe qui sont en pleine communion. A ce jour, 105 Eglises sont signataires : luthériennes et réformées bien sûr, mais aussi méthodistes, ainsi que des Eglises issues des réformes hussites et vaudoises. Cette année, l’assemblée générale a réuni quelques 200 délégués, dont 5 français, à la faculté de théologie réformée de Budapest en Hongrie, du 12 au 18 septembre. Cette assemblée avait plusieurs tâches à remplir.
La première et non la moindre était d’élire le nouveau Comité Exécutif de la CEPE. La présidente Elisabeth Parmentier, professeur de théologie à Strasbourg, a laissé sa place au pasteur Thomas Wipf, de la Fédération des Eglises Protestantes Suisses. Après que l’assemblée eut chaleureusement remercié le Comité Exécutif sortant, le nouveau C.E, appelé désormais Conseil de la CEPE, a été élu et installé lors d’un culte solennel. Notons que les Eglises françaises sont représentées à ce Conseil par l’intermédiaire de François Clavairoly, président du CPLR.
La seconde tâche de l’Assemblée a consisté à recevoir et valider les travaux décidés lors de la dernière assemblée de Belfast en 2001. C’est ainsi que nous avons étudié un premier texte traitant de l’Evangélisation, un autre concernant le dialogue avec les Eglises baptistes en Europe, et un troisième présentant les questions posées aux Eglises quant à leur forme et leur organisation dans à une Europe en pleine mutation. Le premier texte en particulier sera fort utile dans nos Eglises locales. (Consulter le site internet de la CEPE : www.leuenberg.net )
La dernière tâche avait pour but de définir les prochains chantiers de la CEPE, dont les principaux ont trait à une réflexion sur les thèmes suivants : « Ministère, Ordination et Episkopè selon la compréhension protestante » et « Ecriture-Confession-Eglise ». Par ailleurs, l’Assemblée Générale a décidé de clarifier son statut juridique, lequel était jusqu’alors régi par le droit coutumier. Ceci dans la perspective du changement de siège de la CEPE, ce dernier se déplaçant de Berlin à Vienne. Enfin, l’Assemblée a accueilli avec plaisir un recueil de cantiques issus de nos différentes traditions et rédigé en plusieurs langues.
Inutile de dire combien la participation à cette assemblée a pu être enrichissante et stimulante pour l’ensemble des délégués. Nous y avons trouvé un esprit de fraternité, de dialogue et d’ouverture. Toutefois, l’assemblée a relevé quelques lacunes dans l’organisation et le suivi de ses travaux. En particulier, il a été noté le peu de jeunes parmi les délégués. Nous avons regretté aussi la prépondérance de la langue allemande dans les exposés au détriment du français ou de l’anglais, prépondérance heureusement compensée par une traduction simultanée de qualité. Enfin, les délégués ont reconnu qu’ils avaient le sentiment que l’action de la CEPE était encore trop peu perçue dans les Eglises au niveau local ou régional. Les délégués essayeront à coup sûr de remédier à ces déficiences.
En dehors de l’Assemblée Générale, de nombreux contacts ont pu être établis avec les Eglises de Hongrie, notamment lors de la soirée festive où réformés, luthériens et méthodistes nous ont présentés leurs Eglises, leurs traditions et le folklore hongrois. En outre, la journée du dimanche a permis aux délégués de se rendre par 2 ou 3 dans les paroisses de Budapest et environs. Ce fut l’occasion d’assister au culte local, de saluer les communautés au nom de nos Eglises respectives, de présenter le travail de la CEPE et de discuter autour d’un repas. Ce fut aussi un le lieu de s’enquérir auprès des hongrois de leur mode de vie, de leurs difficultés et de leur vision de l’Europe. Dans un pays où le salaire moyen est de l’ordre de 300 euros, il y avait beaucoup à entendre. L’Assemblée Générale s’est achevée par un culte dans l’Eglise réformée sise près de l’université. Devant le temple trône une magnifique statue de Calvin : c’est une manière de nous rappeler que les protestants hongrois se souviennent de leur Réformateur et de ses origines françaises. C’est peut-être cela l’Europe : une prise de conscience d’un héritage commun au delà des blessures de l’histoire. De cela aussi, la CEPE porte la préoccupation, s’efforçant d’œuvrer pour la réconciliation des mémoires. Là est sans doute le rôle grandissant des Eglises en Europe.
Pour les délégués des Eglises membres du CPLR, Fabrice Pichard
Version imprimable









