La tâche dans les deux situations ne s’annonce pas aisée et le succès avec ce qu’il en attend d’effet dopant sur sa popularité, incertain. Il n’est pas en effet acquis que les partenaires de la France dans l’Union européenne vont laisser à Sarkozy durant sa présidence la latitude d’orienter leur politique commune dans un sens favorable aux intérêts français, comme il l’ambitionne et l’a déjà fait savoir, notamment sur la politique agricole et sur celle de la politique financière.
Mais c’est avec son projet d’Union de la Méditerranée que le chef de l’Etat français risque de connaître des déconvenues qui ne contribueront nullement à redorer son blason et à rehausser son prestige auprès de ses concitoyens.
Ce dessein, encore flou dans son contenu et ses contours, a déjà constitué la cause d’une passe d’armes avec la chancelière allemande Angela Merkel. Même si après cela, les deux responsables européens ont diplomatiquement fait mine d’avoir eu un terrain d’entente sur le sujet, il ne fait aucun doute que la chancelière allemande, suivie par ses pairs d’Europe du Nord et de l’Est, n’ira qu’à reculons et en mettant beaucoup de conditionnalité à la réalisation du projet du président français. L’Allemagne et ses alliés européens dans cette affaire ne sont pas concernés par les intérêts stratégiques par lesquels le président justifie la mise en œuvre de son projet. Les cadres de coopération et de partenariat existant déjà entre l’Union européenne et les pays riverains au sud de la Méditerranée sont de leur point de vue suffisants, et qu’il faut seulement leur insuffler plus de dynamisme.
Même l’appui que le président français a obtenu pour son dessein euro-méditerranéen de la part de l’Espagne et de l’Italie n’est pas aussi enthousiaste qu’il a pu l’espérer de ces deux puissances européennes, ayant elle une fenêtre méditerranéenne.
Les réserves et le manque de chaleur d’une bonne partie des Etats européens à adhérer au projet sarkozien ne sont pas les seuls obstacles qu’il va lui falloir lever. Il y a en effet l’opposition plus difficile encore à amadouer de la Turquie, dont les dirigeants voient non sans raison dans l’initiative française une « élégante » façon de fermer à leur pays la porte de l’adhésion à l’Union européenne.
Et il y a avec cela que les pays arabes des rives de la Méditerranée, dont certains ont certes applaudi au concept défendu par Nicolas Sarkozy, ont presque tous été déçus par les cours imprimés par le nouveau président à la politique internationale française. Ils ont donc eux aussi motif à se monter circonspects à l’égard du projet.
Autant donc de paris que le président français n’est pas assuré de gagner en tablant uniquement sur « le prestige international » de la France et encore moins sur son seul « volontarisme » personnel, dont les limites sont apparues concernant d’autres dossiers de politique internationale.

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