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La guerre d’Irak et le Moyen-Orient. jeudi 27 mars 2008, par Roger AKL

Les fêtes chrétiennes de Pâques ont coïncidé avec le cinquième anniversaire de la guerre d’Irak et la mort de 4000 GI. Quant aux morts irakiens, personne ne les compte.

Ils sont passés aux oubliettes, car les occupants et les conquérants l’ont voulu ainsi. On ment sur le nombre des tués irakiens, à cause de cette guerre injuste, comme on a menti sur ses causes et qu’on ment sur ses déroulements et ses conséquences.

Les plus opprimés et les plus en danger sont les chrétiens d’Irak et du Moyen-Orient eux-mêmes, à tel point que plus de 60% d’entre eux ont pris les chemins de l’exil en Syrie et en Jordanie, surtout, tandis que le reste est déplacé, menacé ou assassiné. Ils sont combattus par tous les belligérants :

  • Par les résistants et les terroristes qui les prennent pour des alliés des Américains qu’ils supposent chrétiens, à tort, quand il s’agit des dirigeants occidentaux responsables de cette guerre. Car un chrétien n’est pas supposé martyriser et massacrer des innocents, en mentant sur leur culpabilité.
  • Par les alliés arabes des Américains qui ont financé et financent encore le terrorisme sunnite, dans le but de gouverner tous les pays arabes, sans exception, et de stopper l’expansion chiite iranienne.
  • Par les Américains et leurs alliés israéliens et occidentaux, car les chrétiens voient en tout innocent opprimé, à quelque race, quelque nationalité ou quelque religion qu’il appartienne, « l’image du Christ Dieu crucifié sur la croix » et cherchent à le sauver.

Leur devoir est donc de défendre l’opprimé, même si l’oppresseur se dit être de leurs croyances, et de faire éclater les mensonges de ce dernier au grand jour. Car, mensonges et injustices, oppressions, destructions et massacres, ne sont que les prémices d’un mal énorme, qui atteindra, en premier, ceux qui s’en sont rendus responsables.

Cet essai va essayer de dévoiler les espérances réelles des néo- conservateurs américains, trompés par leur ignorance de la région, leur orgueil, qui leur a fait créer des idéologies et des stratégies absurdes, et les conseils intéressés des dirigeants israéliens, voulant les lancer dans des opérations guerrières dangereuses, même pour Israël.

Quant aux Européens, ils ont l’air d’avoir oublié leurs idéaux, leurs valeurs et leurs connaissances de la région, pour devenir des suiveurs de la politique américaine, tandis que leurs complexes de culpabilité et les ambitions de leurs dirigeants les font obéir aveuglément à Israël et aux Etats-Unis.

Pourquoi l’attaque de l’Irak ?

Les causes invoquées.

Nous voulons bien croire que l’attaque du 11 septembre ait été lancée par Al Qaida dirigée par Ben Laden. Nous voulons bien croire que les Taliban sont responsables parce qu’ils n’ont pas voulu remettre Ben Laden aux Américains, bien que certaines sources affirment le contraire et disent même que les Taliban y étaient prêts. Leur seule condition était que les Américains leur apportent la preuve de l’implication de ce personnage dans le crime du 11 septembre. Ce qu’ils n’ont pas fait.

Nous voulons quand même accepter l’idée que l’attaque de l’Afghanistan soit justifiée, bien que ce pays se trouve dans une position stratégique idéale, entre le pétrole de l’Asie centrale, le Pakistan et l’Océan Indien. Ce qui laisse supposer des raisons intéressées. De plus, il est frontalier de la Chine, de l’Inde et de l’Iran. Son occupation donne aux Américains une position stratégique dominante sur la route du pétrole et menace tous les pays environnants.

Mais pourquoi attaquer l’Iraq ? Ils ont dit que Saddam Hussein appuyait Al Qaida. Si cela était la vraie cause, les Américains auraient dû attaquer le Pakistan et surtout l’Arabie saoudite, qui a financé et finance encore Al Qaida et les nouveaux terroristes sunnites du monde, dont ceux du Liban.

Elle est de plus la patrie de quinze des terroristes responsables des attaques du 11 septembre.

En tous cas, cette affirmation a été prouvée comme mensongère, tandis qu’un simple raisonnement aurait pu démontrer que Saddam Hussein était l’ennemi d’Al Qaida.

Ils ont dit que Saddam Hussein était un dictateur et que son renversement apporterait la démocratie au Moyen-Orient, démocratie qui ramènerait la paix dans cette région. Si cela était, il y aurait eu autant de raisons de renverser la famille royale saoudienne, au moins aussi dictatoriale que Saddam Hussein, sans oublier que les crimes, à lui attribués, ont été faits avec l’approbation et la complicité des Américains qui étaient, à ce moment-là, ses appuis contre l’Iran.

S’il est vrai que la démocratie était le but des Américains, ils auraient favorisé au Liban, après le départ des troupes syriennes, des élections vraiment démocratiques, au lieu de forcer les Libanais, à élire un gouvernement asservi à l’Arabie saoudite et aux desiderata occidentaux, par la pression et une loi électorale biaisée, noyant les votes chrétiens dans ceux des autres communautés pro et anti-syriennes liguées contre eux.

Ils ont affirmé que la guerre ne coûterait que 60 milliards de dollars et serait remboursée par le pétrole irakien.

Il est inutile de parler des armes de destructions massives introuvables.

Les mensonges sur les causes se poursuivent par un déni énorme et par des mensonges nouveaux sur la poursuite des opérations guerrières, comme l’affirmation de M. Bush disant : « « Nous pouvons et devons gagner la guerre ». Si cela était possible, pourquoi n’a-t-elle pas été gagnée après cinq ans de combats ? Le piège, dans lequel les Américains se sont eux-mêmes pris, est si visible que Hillary Clinton a affirmé dernièrement  : « Quitter l’Iraq est aussi dangereux qu’y être entré ».

Que voulaient donc les néo conservateurs vraiment de leur guerre contre l’Irak ?

Les causes vraies.

Depuis la première guerre américaine contre l’Irak, les néo conservateurs en avaient voulu au Président Bush père, de ne pas avoir poursuivi la conquête de l’Irak après la libération du Koweït. Un regard sur la carte montre bien la situation géographique centrale de ce pays entre la Turquie, l’Iran, la Syrie, la Jordanie et, surtout les pays du Golfe.

Contrôler l’Irak était pour les Américains contrôler les sources d’énergie mondiales les plus importantes, auxquelles on ajouterait la haute main américaine sur le pétrole d’Asie centrale. L’Amérique pourrait ainsi dominer l’économie mondiale.

De plus, les néo conservateurs, dans leur ignorance de la région et surtout du caractère combatif du peuple irakien, pensaient ne pas dépenser sur la conquête et la reconstruction de l’Irak plus de mille milliards de dollars, au maximum, alors qu’ils savaient pouvoir y trouver des réserves pétrolières valant plus de trente mille milliards de dollars.

L’Irak pourrait ainsi remplacer l’Arabie saoudite qu’ils rendaient responsable du 11 septembre et dont la famille royale serait laissée à son sort ou remplacée par un autre régime encore plus obéissant. Des plans de partition de l’Arabie saoudite, entre terres pétrolières à l’Est, à majorité chiite, Etat religieux, à l’Ouest et Arabie centrale, ont même été dessinés.

Ce qui n’était pas pour déplaire à certains chrétiens américains et non des moindres, qui ont fait élire le Président Bush et qui professent que la « Restauration du Royaume d’Israël » (et le rassemblement de tout le peuple juif, dans ce pays) est une condition nécessaire au retour du Christ triomphant dans la bataille d’Armageddon, durant laquelle il battra définitivement les forces du Mal (cela rappelle l’Axe du Mal de Mr. Bush). Durant cette bataille finale, ces chrétiens « retaurationnistes » pensent que les deux tiers du peuple juif mourront et le dernier tiers se convertira au christianisme. Terrorisme fanatique, dites-vous ?

Enfin, l’Irak occupé et colonisé, l’armée américaine serait en position de prendre l’Iran, en tenailles, par l’Afghanistan et l’Irak, tandis que la Syrie serait assiégée entre l’Irak, Israël, la Turquie, la Jordanie et même le Liban, gouverné par les sujets libanais de l’Arabie saoudite, devenus fantoches des Américains. Ne serait-ce pas cela qui aurait poussé les Israéliens à inciter les Américains à occuper l’Irak et attaquer l’Iran ?

Les désillusions.

Au lieu d’être accueillis avec des fleurs, les soldats américains le furent avec des bombes. Il faut dire qu’ils l’avaient bien cherché par les gaffes de leurs dirigeants, leurs crimes et leur manque de planification.

Ils avaient mal calculé le pouvoir de résistance des Sunnites et pensaient pouvoir compter sur l’alliance des Chiites irakiens pour « démocratiser » l’Irak et profiter de ses ressources pétrolières pour, non seulement, le rebâtir mais encore s’assurer les revenus du pétrole irakien et la puissance que son contrôle devait conférer aux Etats-Unis, sans oublier qu’ainsi ils pourraient se venger de l’allié saoudien dont quinze sujets avaient participé à et dirigé l’attaque du 11 septembre.

Mais, cette guerre, qui devait renverser la situation stratégique du Moyen-Orient en faveur des Américains, s’embourba dans les marécages des erreurs de l’administration américaine, comptant sur l’aide de la Turquie et renvoyant chez eux 300.000 officiers et soldats irakiens.

Une fois l’Irak conquis, ils le laissèrent livré au pillage durant des semaines. De plus, le premier gouverneur de Bagdad démantela l’armée irakienne qui aurait pu être extrêmement utile pour aider les Américains à assurer la sécurité, tandis que le renvoi des fonctionnaires du parti Baas détruisit l’administration.

Il ne manquait plus que les exemples américains de corruption, comme l’utilisation de sociétés favorites américaines (Halliburton), et de sauvagerie, comme le comportement des sociétés privées de sécurité et celui des gardiens de prison (Abou Graib). C’est comme si les Américains avaient fait exprès de provoquer le chaos.

Le chaos du Moyen-Orient.

La guerre d’Irak a renversé la situation stratégique dans la région et dans le monde ; elle a enlevé aux forces américaines leur pouvoir de dissuasion.

Les Américains affaiblis ne sont plus crédibles dans leurs menaces contre l’Iran qui ne les craint plus et poursuit tranquillement son programme nucléaire. De plus, l’Iran menacé ne pouvait que chercher à se doter de l’arme nucléaire, après que les Américains lui aient montré leurs cartes et découvert leurs desseins de conquête et d’asservissement de ce pays.

L’Amérique a maintenant besoin de l’Iran pour arriver à se sortir du piège dans lequel elle s’est mise et engage des discussions stratégiques avec ce pays, tandis qu’elle ne veut pas discuter avec la Syrie alliée de l’Iran.

Or, si la guerre d’Iraq devait faciliter la paix au Moyen-Orient, ça aurait été en discutant, avec la Syrie, du Golan et des autres sujets de paix arabe avec Israël, surtout que la Syrie reçoit le sommet arabe fin mars 2008.

Mais comment discuter de paix avec la Syrie, alors que les Américains affirment que la Syrie appuie le « terrorisme » en Irak ? Comment profiter du sommet arabe pour avancer vers la paix quand Dick Cheney visite les pays arabes et Israël, pour inciter les premiers à boycotter le sommet arabe et à s’allier avec lui dans une guerre contre l’Iran ? Comment les Arabes pourraient-ils accepter l’idée d’une guerre qui les détruirait tous ?

Comment les Américains ont-ils pu songer à la déclencher, sachant les conséquences néfastes pour le reste de la planète ? Ainsi cette possibilité d’ouverture et de dialogue, avec la Syrie, ainsi que la recherche de la paix sont devenues otages de la situation irakienne et de la folie américaine.

Ce comportement américain punit peut-être la Syrie, mais il rend la situation stratégique du Moyen-Orient encore plus dangereuse et détruit les possibilités de paix israélo arabe.

Les Occidentaux pensaient qu’en renversant Saddam Hussein et en dominant l’Irak, ils feraient peur aux Palestiniens qui seraient prêts à faire la paix aux conditions israéliennes.

Ce fut le contraire. La guerre d’Irak excita encore plus la haine des peuples arabes contre l’Amérique, la considérant comme responsable du fait qu’Israël, devenu encore plus puissant face aux Arabes, à cause de la destruction de l’Irak, refuse le processus de paix.

Les Arabes affaiblis se voient menacés, à tort ou à raison, à la fois par l’Iran et Israël. Certains « alliés » arabes sunnites des Américains soupçonnent même l’existence d’un axe secret syro israélo iranien sponsorisé par l’Amérique.

Ce qui n’arrange rien est le comportement des Européens favorisant Israël. Non seulement, les chefs d’Etat et les politiciens occidentaux chantent-ils les louanges d’Israël et de sa politique, mais ce qui est plus dangereux, c’est leur silence par rapport à ce qui se passe dans les territoires palestiniens.

Ce comportement est contraire aux sentiments populaires et aux intérêts de leurs peuples et de celui du peuple israélien. A tel point que le citoyen israélien, Gidéon Lévy, écrit dans Haaretz : « Pas un mot sur les arrestations, les attaques israéliennes meurtrières, les sièges, la famine conséquente… Avec de tels amis on n’a pas besoin d’ennemis ».

Conclusion : Le dialogue est la seule solution.

Les chrétiens du Moyen-Orient connaissent cette situation qui ne fait que s’empirer. Ils savent que la guerre ne peut apporter que la guerre et que les fauteurs de guerre seront les premiers à en pâtir. Ils trouvent de leur devoir de le dire, de le proclamer et de le « crier sur les toits  ».

Ils savent qu’Israël et les Palestiniens, les Américains, les Iraniens et les Syriens, les Libanais, les Saoudiens et tous les Arabes ont tous intérêt à se mettre à la table du dialogue pour s’entendre. Ils savent que les méthodes de guerre, d’oppression, de chantage et d’accusations ne servent à rien d’autre qu’à provoquer encore plus de malheurs pour tous.

Ils savent que la faute repose surtout sur le plus fort car il veut profiter de sa force, tandis que le faible n’arrêtera jamais de résister.

Tout cela provoque malheurs, morts et deuils, pour tous sans exception, les forts comme les faibles, et risque de déboucher sur un désastre mondial. Cela pourrait commencer par une attaque américaine sur l’Iran déclenchant des conséquences incalculables sur la région et le monde.

Certains penseraient que ce serait de la folie. Mais l’équipe des néo conservateurs nous y a habitués, surtout quand ils y sont poussés par des sionistes judéo chrétiens américains attirés par le « ravissement des jours derniers » qui les ferait « s’envoler vivants aux cieux à la rencontre du Christ ».

Il faut dire que l’extrémisme et le fanatisme ne sont pas l’apanage des seuls musulmans ni des seules religions. En effet, les nazis, les stalinistes et les nihilistes nous ont montré que les idéologies athées sont encore plus extrémistes et plus terroristes car elles ne sont pas limitées par les croyances en la valeur inestimable de l’homme.

Les Chrétiens d’Orient, libanais, irakiens, syriens, jordaniens, égyptiens, à leur tête le Patriarche latin de Jérusalem, ont prévenu le monde de leurs craintes et sonné le tocsin. C’est pour cela que tous, depuis les Américains et leurs alliés, aux terroristes, alliés d’Al Qaida, et leurs financiers, cherchent à s’en débarrasser. Après l’exode des chrétiens d’Irak, verrons-nous un jour le départ forcé du reste des chrétiens du Liban, de Palestine, d’Egypte et de Syrie, par la faute des politiques erronées des Occidentaux ?

Roger AKL

Secrétaire Général de l’Institut Tchobanian

Rédacteur en Chef de la revue Europe & Orient

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