Monsieur Hanna,
Je voudrais remercier le site de Chrétiens en Politique de sa patience, envers nous, et surtout de leur pardon pour vos sautes d’humeur et vos accusations gratuites envers eux et leur journal « soi-disant chrétien », comme vous avez écrit. Leur pardon déjà accordé, puisqu’ils ont publié vos exagérations, montre bien leur christianisme, alors que votre accusation contre eux, leur démontre, ainsi qu’à leurs lecteurs, votre degré de crédibilité. En tous cas, il faudra sûrement les remercier pour avoir permis à deux Libanais de « dialoguer », tandis que nos politiciens et surtout nos politiciens chrétiens libanais n’arrivent même plus à se réunir. Notre échange de lettres montre bien nos désaccords, même entre chrétiens libanais, non seulement sur le passé récent, mais encore sur l’avenir.
Je me sens de nouveau obligé à répondre à vos accusations passées, mais je voudrais ensuite faire des propositions d’entente sur l’avenir, car pleurer sur le passé est négatif, tandis que nous avons un pays à rebâtir. Ce qui ne peut se faire qu’en nous pardonnant les uns les autres, comme Dieu nous a pardonnés, et en nous sacrifiant les uns pour les autres, comme Dieu s’est sacrifié pour nous, chrétiens, musulmans, juifs, païens, Libanais, Arabes, Iraniens, Israéliens et humains du monde entier. C’est notre croyance en tant que chrétiens, n’est-ce pas ?
Réponse à vos critiques sur le passé.
Vous avez parlé de mon « occultation des politiques hégémoniques de la Syrie et de l’Iran. En ce qui concerne la Syrie, je vous conseille de lire mon livre « Cri d’un chrétien d’Orient », publié par les éditions Sigest, en 2004, sous le pseudonyme de Jérémie Jonas, pour ne pas nuire à certains de mes amis, hommes politiques bien connus, dont on connaît mes relations d’amitié avec eux et qui vivent au Liban. C’était un moment où la Syrie gouvernait le Liban, grâce à l’accord de Taëf, en Arabie saoudite, dicté aux Libanais, pour donner le pouvoir au Premier Ministre sunnite, qui devait être le sujet saoudien, feu Rafik Hariri, père de Saad Hariri, sous la protection des troupes syriennes et des hommes d’Etat syriens, à leur tête Abdel Halim Khaddam, toujours allié aujourd’hui aux Hariri et au gouvernement actuel, contre le gouvernement de son propre pays. Il faut ajouter que les malheurs du Liban lui sont redevables, en premier lieu, car il était chargé de notre pays.
Dans mon livre, je demandais alors le départ des Syriens le plus rapidement possible, « avant qu’il ne soit trop tard ». Les Syriens étant partis, je ne vois pas pourquoi nous continuons, contre eux, une guerre qui nous coupe totalement du monde arabe et nous encercle dans un ghetto. Car la seule autre frontière terrestre, que nous avons, est avec Israël qui nous a déjà attaqué et occupé plusieurs fois. Ce qui fait que nous avons toujours besoin de la Syrie pour nous défendre, contre un ennemi, qui convoite toujours notre eau et nos terres, et cherche à implanter les Palestiniens chez nous.
Quant à l’Iran, Il est trop loin pour constituer un danger, sauf si nous poussions nos concitoyens chiites à rechercher son alliance, parce que nous ne montrerions aucun intérêt à les défendre, tout en nous défendant et en défendant notre pays et nos frontières. Ce fut en fait parce que nos gouvernements les ont délaissés qu’ils ont recherché leur aide. Ce fut la seule qu’ils ont pu trouver, surtout que l’Armée libanaise a été empêchée, par les alliés occidentaux d’Israël, de se doter d’armes défensives crédibles, pour pouvoir les protéger et protéger le Liban. Nos gouvernants, souvent chrétiens, ont obéi aux injonctions occidentales et ont inventé le moto qu’ils croyaient intelligent mais qui démontrait leur ignorance des affaires stratégiques : « la force du Liban est dans sa faiblesse » (le regretté Pierre Gémayel, père des cheikhs Amine et Béchir).
Quant aux « dictatures » iranienne et syrienne, elles sont des modèles de démocratie, comparées à l’Arabie saoudite, souveraine des Hariri qui dirigent nos gouvernements depuis 1992. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite nous gouverne donc, par sujets interposés depuis 1992. N’oubliez pas que l’Iran et la Syrie donnent des droits aux chrétiens, dont on ne rêverait ni en Arabie saoudite, ni même en Egypte. En Syrie, ils ont autant de droits que les autres communautés, avec la Présidence réservée aux sunnites. Notre gouvernement, ainsi que l’Arabie saoudite sont accusés, avec crédibilité (il n’y a qu’à écouter M. Joumblatt et M. Hariri), de travailler à renverser le régime syrien, lequel serait alors remplacé, d’après les Israéliens et les Américains, par un régime des Frères musulmans intégristes sunnites. Je ne donnerai pas cher alors, ni de la peau des chrétiens syriens, ni de celle des chrétiens libanais. Car, lorsque la Syrie sera gouvernée par les Frères musulmans sunnites intégristes, que demanderont les intégristes libanais et les sujets saoudiens qui contrôlent notre gouvernement ? Je pense qu’ils exigeront ce que les sunnites voulaient depuis l’indépendance : l’union avec la Syrie. Pourtant, la majorité des sunnites libanais aujourd’hui ne la veulent plus.
J’ajouterai que le Hezbollah, contrairement à toutes les milices libanaises, n’a jamais tourné ses armes contre des Libanais.
Vous avez raison de dire que les milices se sont battues au début, en pensant défendre le Liban. Malheureusement, plus le temps passait plus leur pouvoir indiscipliné et l’existence, en leur sein, d’éléments armés, sans foi ni loi et ambitieux les ont détournées de leur but patriotique.
Vous avez parlé des condamnations du docteur Geagea, comme injustes, peut-être. Mais il a été condamné par des tribunaux libanais et ce sont bien ses troupes qui ont assassiné, chez lui, le ministre Toni Frangieh, sa femme et sa petite fille d’un an à peine. Le fils de Toni, Monsieur Sleimane Frangieh, encore petit enfant, n’a été sauvé que parce qu’il était chez son grand-père le Président du même nom. C’est bien la milice du docteur Geagea, qui a attaqué le camp d’une autre milice chrétienne (les Ahrar ou PNL) de Dany Chamoun, qui n’a été sauvé que pour être assassiné plus tard dans sa maison de Mar Takla, avec sa famille. C’est bien dans la milice des Forces Libanaises que fut assassiné Monsieur Zayek, qui en faisait partie, pour des raisons de succession du commandement et qu’il y a eu une guerre civile entre messieurs Hobeïka et Geagea. Ce dernier a profité du fait que son chef, Monsieur Hobeïka, est allé signer l’accord tripartite avec les autres milices rivales à Damas, accord qui devait arrêter les combats au Liban, pour se révolter. Vous qui êtes dans les Forces Libanaises, pouvez-vous me dire combien de morts ces combats « fraternels » ont-ils fait ? C’est bien cette milice qui a assassiné le Premier Ministre Rachid Karamé. Vous dites que Monsieur Geagea a été condamné injustement pour tout cela. L’injustice, qui a été faite, n’est pas dans le jugement, mais parce qu’il n’a pas eu la même amnistie que les autres chefs de guerre, tout aussi coupables que lui, et dont certains sont aujourd’hui ses alliés et ses amis (Joumblatt). D’ailleurs, Pour obtenir son amnistie après le départ des Syriens, il a dû la demander. Amnistie veut dire pardon. On ne demande pas pardon si on ne se reconnaît pas coupable. Ce qui n’est pas le cas des généraux emprisonnés depuis deux ans sans qu’il y ait eu aucun acte d’accusation à leur encontre. Ce qui a poussé la commission des Nations Unies à déclarer leur arrestation « arbitraire ».
Enfin, le plus grand crime commis, contre le Liban et ses chrétiens, a été la révolte des Forces libanaises, contre le gouvernement légal du général Aoun, révolte qui a affaibli le Liban et les chrétiens et a ouvert la porte aux accords de Taëf bien plus nuisibles que l’accord tripartite de monsieur Hobeïka, qui s’était déjà réfugié chez les Syriens. Ce qui avait encore divisé les Forces Libanaises. Toutes ces guerres entre chrétiens ont détruit notre cause, auprès des populations occidentales, qui ne comprenaient plus rien et nous ont tous pris pour des bandits arriérés.
J’en arrive au fait d’être Sioniste ou anti-Sioniste. Vous pensez avoir raison en écrivant que la libération d’Al Aksa pourrait ne pas regarder les chrétiens libanais. D’ailleurs, vous avouerez vous-même que les Forces Libanaises se sont alliées à Israël et en ont reçu des armes. Ce qui, dans le contexte actuel, fait penser à la crédibilité des accusations d’alliance avec Israël, c’est-à-dire de trahison, portées contre le gouvernement libanais. Vous devez savoir que Sioniste veut dire la création d’un Etat israélien juif, qui englobe, non seulement la Cisjordanie, mais aussi le Sud du Liban, jusqu’à la frontière de la ville de Saïda, en « libérant » ces terres « colonisées » de toute population non juive. Je ne peux donc, en tant que Libanais, qu’être anti-sioniste. De plus, je suis surtout chrétien et je ne peux pas accepter les injustices commises envers tout être humain, le Palestinien, le Chiite, l’Arabe ou l’Israélien. Je suis donc pour une paix suivant les décisions des Nations Unies et je suis forcé, par l’intransigeance d’Israël, de lutter, pour non seulement y arriver, mais pour me libérer et libérer mon territoire des Israélien, convoitant mon eau et attaquant ma population, qu’elle soit chiite, sunnite ou chrétienne.
Vous avez parlé de Michel Aoun et vous m’accusez d’être Aouniste, tout en accusant ces derniers d’être devenus pros syriens. Savez-vous que, dans l’accord entre le général Michel Aoun et le Hezbollah, il est écrit que la Syrie devait reconnaître l’indépendance du Liban et que le Hezbollah renonçait à se battre pour libérer d’autres territoires que ceux libanais, comme la libération d’Al Aqsa ? De même, l’accord stipule que le Hezbollah remettra ses armes à l’Armée libanaise, en cas d’un accord, entre Libanais, sur une politique de défense crédible. Avouez que le Hezbollah n’a pas beaucoup demandé. C’est pour cela que si l’Amérique et les Saoudiens ne voulaient que le désarmement du Hezbollah, ils donneraient à l’Armée libanaise les matériels achetés par l’Armée saoudienne et qui pourrissent dans le désert par manque d’entretien.
Vous dites que la milice des Forces Libanaises a accepté de désarmer pour une entente entre Libanais. Elle était déjà désarmée et avait son chef en prison. Pour le libérer, elle s’est alliée électoralement, non seulement avec les Sunnites de Hariri et Walid Joumblatt, mais encore avec les mouvements chiites, Hezbollah et Amal, que vous accusez maintenant d’obéissance à l’Iran et à la Syrie. Vous l’avez fait surtout pour abattre le « tsunami » électoral du général Aoun. Pour vous récompenser de votre trahison, le nouveau parlement vota une loi amnistiant votre chef. Cette loi était payée par la libération, des alliés des Hariri, les jihadistes qui avaient tué des soldats de l’armée et qui par la suite feront sauter deux bus en zones chrétiennes, brûler l’église d’Achrafieh, et se joindre à Fath el Islam pour encore tuer des soldats de l’Armée libanaise dans les combats de Nahr el Bared. Savez-vous que les terroristes du camp de Aîn el Héloué sont appelés à Saïda « Jound as Sett », c’est-à-dire les soldats de la Dame (Bahia Hariri) ? Votre accusation contre les Syriens qui les y auraient implantés, est aussi peu crédible que celle des néo conservateurs américains contre Saddam Hussein, « allié d’Al Qaeda ».
Quant aux banquiers et hommes d’affaire qui ont endetté l’Etat, ils n’ont aucun problème à armer des jihadistes sunnites pour lutter contre le Hezbollah. Car, leur chef, l’Arabie saoudite, a peur de la force du Hezbollah, qui pourrait l’empêcher de contrôler le Liban et augmenterait ses craintes d’une hégémonie iranienne que vous avez d’ailleurs exprimées. Cette peur a encore plus augmenté, quand le Hezbollah a si bien défendu le pays contre Israël. Je comprends donc la peur de certains Libanais, mais une guerre civile ne sera jamais la solution, car elle ne fera que nous détruire tous et ne pourra jamais désarmer une guérilla qui a si bien résisté à la « première armée du Moyen-Orient ». La seule manière de désarmer le Hezbollah ne peut être faite que par la persuasion et on ne peut le convaincre de remettre ses armes que lorsque sa crainte du danger israélien sera éliminée par une défense crédible, non seulement en armant nos forces armées mais en montrant que nous (nos politiciens) sommes prêts à nous défendre.
Nos discussions montrent bien que nous ne faisons pas confiance les uns aux autres et que nous nous craignons mutuellement.
Ce qui est humain et la crainte de l’autre est la cause principale des guerres, dont la guerre israélo-arabe. Croyez-vous vraiment que le Hezbollah va obéir à l’Iran pour des actions contraires à l’intérêt de son propre pays et de sa propre population ? Il nous faut trouver le moyen de rassurer la population libanaise, car les guerres ne peuvent pas être faites par les seuls chefs.
Proposition.
Pour rassurer la population libanaise dans toutes ses composantes, il n’y a qu’un seul moyen et il est démocratique. C’est l’appel à l’arbitrage du peuple. Ainsi ceux qui présenteront leur candidature au vote du peuple débattront en public de leur vision pour le Liban. Le peuple élira ainsi le nouveau parlement, qui élira un Président et nommera un nouveau gouvernement, en accord avec les desiderata populaires.
Ces nouveaux élus auront pour principale mission d’amender les accords de Taëf, dans ce qui est la raison principale de blocage des institutions, c’est-à-dire trouver un mécanisme d’arbitrage entre les différents pouvoirs, dans le cas où ils ne s’entendraient pas. Leur seconde mission sera d’élaborer une politique de défense nationale qui permettra de remplacer le Hezbollah par une armée crédible. Cette politique de défense pourrait peut-être prendre exemple sur la Suisse. Mais la question de la cherté de l’armement devra être résolue et peut-être qu’en cela les sujets saoudiens qui nous gouvernent pourraient nous aider si vraiment l’Arabie saoudite avait en vue nos intérêts et les siens propres.
Roger AKL
Répondre à ce message