Au Zimbabwe, on est dans une situation similaire. Une semaine après les élections, la commission électorale, qui a déjà accordé la victoire de l’opposition au Parlement, tarde de manière inexplicable à donner les résultats de la présidentielle. Certaines sources indépendantes indiquent qu’aucun des deux candidats ne l’a emporté au premier tour et qu’il faudra aller au second tour. Mais le retard pris dans l’annonce des résultats officiels crée une situation délicate. Le président Robert Mugabe, 84 ans, a essuyé un revers électoral tout à fait logique. L’économie du Zimbabwe est pratiquement ruinée avec une inflation qui a atteint le chiffre record de 165.000%.
Après 28 ans de pouvoir, le vieux Mugabe ne peut accuser les citoyens de son pays d’avoir été « ingrats » et le plus mauvais service qu’il puisse rendre à son image, déjà écornée, serait de faire basculer le pays dans la violence. Son parti a perdu la majorité au Parlement au profit de l’opposition avec une petite différence de douze sièges. Cela signifie qu’il conserve une assise pour jouer, dans le cadre du jeu démocratique, un puissant rôle d’opposition. Encore faut-il qu’il admette qu’on peut être acteur politique sans être au pouvoir. En tardant à livrer les résultats de la présidentielle, la commission électorale introduit des doutes sur les intentions du pouvoir en place. Si un deuxième tour est nécessaire, pourquoi cette attente pour un scrutin présidentiel qui s’est déroulé en même temps que les législatives ? Il est clair que des pouvoirs installés, à plus forte raison quand ils tirent leur légitimité d’une honorable guerre de libération, ont du mal à admettre le principe de l’alternance et ont tendance à se considérer comme des tuteurs éternels de leurs sociétés. Mugabe et le parti Zanu-PF terniraient définitivement leur image s’ils ajoutaient aux difficultés immenses de leurs citoyens une épreuve violente. Ce sera en outre totalement contre-productif.
Thabo Mbeki, le voisin sud-africain, malgré les vives critiques occidentales, a veillé à ce que les choses se passent en douceur et n’a pas cédé aux demandes occidentales de pressions sur le régime. C’est cette démarche de médiateur assumée par Mbeki entre le pouvoir et l’opposition qui a abouti à la modification de la loi électorale, permettant que les résultats soient affichés dans les bureaux de vote. Cette disposition a neutralisé les possibilités d’une manipulation du scrutin et a permis à l’opposition de clamer sa victoire. S’il faut un second tour pour la présidentielle, qu’il ait lieu dans les règles. Robert Mugabe, qui est au mieux en ballottage défavorable, sait qu’il ne pourra compter sur l’Afrique du Sud s’il tente de faire violence au choix des Zimbabwéens.

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