Augmenter les salaires
Quelque 10.000 personnes selon la police, 35.000 selon les organisateurs, ont répondu à l’appel à la mobilisation de la Confédération européenne des syndicats (CES). Réparties par petits groupes correspondant à leur organisation syndicale nationale, elles défilent sagement le long d’une des plus grandes artères de Ljubljana pour converger sur une place où un groupe de musique reprend des succès des années 1980. Sur les banderoles multicolores, dans toutes les langues de l’Union européenne, une même revendication : « Augmenter les salaires : une priorité pour les travailleurs européens », « Europe’s workers need a pay rise », « salarios dignos y derechos sociales ».
29 pays
« Nous voulons notre part dans la croissance européenne », harangue le secrétaire général de la CES, John Monks. « Nous voulons des salaires minimum décents, nous voulons un salaire égal à travail égal pour les travailleurs immigrés, les travailleurs postés, les travailleurs intérimaires », dit-il. Cinquante-quatre syndicats venus de 29 pays, membres de l’UE pour la plupart, mais venus de plus loin comme la Russie, ont mobilisé des troupes. « C’est une belle manifestation européenne, peut-être la manifestation qui aura rassemblé le plus grand nombre d’organisations syndicales. Le fait qu’autant aient fait l’effort de venir est un signe qu’on avait raison d’insister sur le pouvoir d’achat », indique le secrétaire général du syndicat français CGT, Bernard Thibault.
Inflation record
Le moment n’est pas été choisi au hasard : à quelques kilomètres de là, les ministres européens des Finances viennent d’achever une réunion de deux jours, pendant laquelle, de concert avec la Banque centrale européenne (BCE), ils ont appelé sur tous les tons à la modération salariale. Leur objectif : ne pas alimenter l’inflation qui, le mois dernier, a atteint un nouveau record dans la zone euro à 3,5 % sur un an. « Je peux très bien comprendre les exigences des syndicats », a assuré samedi le commissaire européen aux Affaires économiques, l’Espagnol Joaquin Almunia. Mais « les hausses de salaires devraient dépendre des gains de productivité réalisés » et ne pas aller au-delà. Les grands argentiers européens ont tous invité à ne pas imiter la fonction publique allemande, qui vient d’obtenir des hausses de salaires d’environ 8 % sur deux ans, après une période de vaches maigres.
Insensé
« Totalement insensé », rétorque Michael Sommer, le patron de la confédération allemande des syndicats DGB. « Si nous pouvions nous immiscer dans la politique de taux d’intérêt avec la même véhémence que les ministres des Finances et la BCE dans la politique salariale, je serais vraiment content », critique-t-il. « Si certains veulent faire comme M. Trichet la morale sur les revenus, qu’ils regardent d’abord les grands revenus des patrons », ajoute Claude Rolin, secrétaire général du syndicat chrétien belge CSC.
En fin d’après-midi, la manifestation n’attend pas la fin des discours officiels pour commencer à se disperser. Au bord de la rivière qui traverse Ljubljana, plusieurs petits groupes de manifestants se sont déjà attablés aux terrasses ensoleillées. A quelques mètres d’eux, incognito un plan de la ville à la main, Joaquin Almunia fait du tourisme.

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