Je déteste également l’idée développée par Eric Zemmour, et qui constituait le cadre de cette référence d’histoire-fiction : s’agissant de Mr. de Montespan, mari cocu de la favorite éponyme, il n’aurait eu que ce qu’il méritait dans la mesure ou ces ancêtres pratiquaient, eux, le droit de cuissage. Depuis quand les fautes se transmettent-elles de pères en fils ? Il me semble reconnaître dans cette idée absurde un concept juif, présent en tant que tel dans l’Ancien Testament. Mr. Zemmour, avisé qu’il est, devrait pourtant savoir que cette théorie insupportable sous-tend toute la religion de la repentance, qui veut que les blancs d’aujourd’hui payent pour les crimes prétendus ou réels des blancs du passé ...
Le droit de cuissage n’a jamais existé
Je reprends l’article en tout point parfait de Desouche (via) qui reprend les travaux de l’historien Alain Boureau :
Il semble attesté, pour tout un chacun, qu’un seigneur médiéval possédait le droit de passer la première nuit de noces avec l’épouse de ses sujets et de ses vassaux. L’image d’un Moyen-Age, guerrier et “machiste”, diffusée par les manuels et les films, a beaucoup contribué à ancrer une telle croyance dans les esprits.
En réalité, l’historiographie récente a montré l’absence de tout document antérieur au 18e siècle attestant de son existence courante ou de sa légalité. Plusieurs études menées sur le sujet sont unanimes à rejeter l’existence de ce “droit”.
Les “preuves” habituellement présentées amalgament un ensemble de références et de textes de provenance fort variés, dont certains, en petit nombre, présentent un contenu troublant”. La plupart de ces “preuves” relèvent de la mystification pure et simple.
Après étude de toutes les sources habituellement citées, ne restent au bout du compte, selon l’auteur Alain Boureau, que 5 sources un tant soit peu troublantes :
• la première est un texte satirique du XIIIe siècle.• les 4 autres sont des “aveux et dénombrements“, une énumérations de droits établies par le vassal, dans le cas d’un contentieux avec son suzerain. Des textes qui ne signifiaient rien avant d’avoir été validés par une chancellerie ou une chambre des comptes. (et certains auteurs étaient parfois tentés de s’inventer des droits). Dans les 4 cas, cette vérification n’a pas été effectuée.Il ne reste de fait plus aucune preuve à l’appui du droit de cuissage. C’est surtout au XVIIIe siècle que ce mythe se répandit dans le peuple et les salons : il a surtout servi dans un but idéologique afin de dénigrer l’Ancien Régime et son système féodal. Le retour de la royauté faisait craindre le retour de droits que la Révolution était censée avoir effacés.L’auteur Alain Boureau conclut : “Le droit de cuissage n’a jamais existé dans la France médiévale. Aucun des arguments, aucun des faits insinués, allégués ou brandis, ne résiste à l’analyse”.
Ajoutons un argument personnel, qui n’a rien d’historique mais de logique, compte tenu de ce que l’ont sait de la sexualité des « temps jadis » :
Les maladies sexuellement transmissibles n’étaient pas encore une rigolade et un sujet de campagnes de pub dans l’Ancien Temps. On pouvait mourir en quelques jours d’un écart de conduite, ou trainer toute sa vie des calamités. Pour cette raison, ON NE FRAYAIT PAS pas avec n’importe qui ... fusse une soit-disant vierge, ce qui dans un contexte rural est un concept un peu théorique.
D’une manière plus générale, constatons qu’un travail historique de fond (et de fonds!) est mené actuellement, qui repose sur l’analyse des sources primaires, c’est-à-dire les documents d’époque. Ces documents, dont subsistent un grand nombre malgré les destructions, proposent une vision tout à fait différente de l’histoire officielle telle qu’elle fut écrite sur la base de mythes et légendes politiquement orientés, avant la révolution et surtout après la révolution, sans aucune référence à ces sources. Je vous renvoie à mon article sur la propagande sous la troisième république.
De ces nouvelles recherches en Histoire émerge, de plus en plus, la vision claire d’un Ancien Régime beaucoup plus convenable, où existait une justice, où régnait le Droit, et où « l’ascenseur social » existait bel et bien au delà des « classes ». C’est par exemple le travail de l’historien Michel Vergé-Franceschi. Ces historiens dépolitisés qui n’hésitent pas à se plonger dans des montagnes de parchemins crasseux et momifiés entassés dans les réserves travaillent à n’en pas douter à une profonde révolution de l’histoire de la France. La résistance des idéologues et de l’Education Nationale sera hystérique, mais les digues finiront par craquer.

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