La montée des violences a contraint le candidat de l’opposition, Morgan Tsvangirai, arrivé en tête au premier tour, à jeter l’éponge pour le deuxième tour car, dit-il, il ne veut mettre en péril la vie des électeurs. Aux dernières nouvelles, le candidat de l’opposition a trouvé refuge à l’ambassade des Pays-Bas. Dans la matinée, c’est le siège de son parti qui a fait l’objet d’une descente de police où des militants ont été raflés.
L’Union africaine et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) font piètre figure dans cette crise annoncée. Elles ont été timorées face à cette crise qui s’annonçait comme si elles étaient complexées par la stature de héros de la guerre de libération de Robert Mugabe. Résultat : elles ont laissé, encore une fois, les Occidentaux, qui ne sont pas forcément animés des meilleures intentions, donner des cours de démocratie et de droits de l’homme. C’est désolant.
L’une des missions les plus importantes de l’Union africaine et des structures régionales est d’agir à temps pour prévenir les crises. Dans le cas du Zimbabwe, l’Afrique a failli car elle n’a pas su être ferme à l’égard du pouvoir en place. Elle n’a pas su être à la hauteur de la « Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance » adoptée en grande pompe le 30 janvier 2007. Dans cette charte, figure un engagement à « promouvoir la tenue régulière d’élections transparentes, libres et justes afin d’institutionnaliser une autorité et un gouvernement légitimes, ainsi que les changements démocratiques de gouvernement ». Malheureusement, on a eu des réactions timorées, pour ne pas dire honteuses, face à la situation au Zimbabwe.
Le parti au pouvoir, celui qui a libéré le pays, a usé de moyens déloyaux face à l’opposition, allant jusqu’à promettre qu’il ne quittera pas le pouvoir quel que soit le résultat. En se retirant de la course, le candidat de l’opposition a pris un risque. Mais avait-il vraiment le choix face à un régime qui a signifié qu’il ne tiendrait pas compte du vote populaire si le résultat n’est pas en sa faveur ? Il n’est pas compréhensible que les Etats africains, et notamment l’Afrique du Sud, n’aient pas signifié à Robert Mugabe qu’il a franchi les limites fixées par la Charte africaine de la démocratie. Le fait qu’il ait été un héros incontestable de la libération de son pays ne lui donne pas le droit de priver les citoyens de son pays de choisir. C’est ce principe évident que l’Afrique n’a pas affirmé avec force. Triste Afrique !

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