5e pays producteur mondial du pétrole et 1er de l’Afrique, la république populaire d’Angola va finalement offrir à son peuple la possibilité historique de se choisir pour une fois librement ses propres députés.
Ce pays potentiellement riche et qui traîne derrière lui plusieurs années de guerre civile et dont les séquelles n’ont pas encore été totalement effacées, va dès demain vendredi voir ses bureaux de vote ouverts et le peuple appelé à plonger son petit bulletin électoral dans l’urne afin de se choisir ses délégués qui auront à légiférer tout au long de la prochaine législature. Il faut ici préciser que si les angolais peuvent exercer leur devoir patriotique demain, c’est notamment grâce à la forte pression des partis politiques de l’opposition avec à leur tête le parti cher à feu Jonas Savimbi, Unita qui a exigé mordicus ces élections. Reportées à plusieurs reprises par le pouvoir en place, le peuple angolais peut s’estimer heureux d’avoir franchi au moins cette fois ci une étape décisive : demain vendredi, sauf catastrophe naturelle ou un autre coup de théâtre, tout le monde va être placé à ses responsabilités citoyennes.
Mais en Afrique, l’on a appris à notre dépens que c’est une chose d’annoncer la tenue d’élections politiques libres, démocratiques et transparentes, mais s’en est une autre que de les avoir réellement. Ceux qui ont battu le record de la longévité au pouvoir sur le continent africain ont innové en mettant en place un nouveau principe électoral propre aux africains : « ON N’ORGANISE PAS LES ELECTIONS POLITIQUES POUR LES PERDRE ». Plusieurs de politiciens ont été séduits par cette école politique et ne lésine plus sur les moyens, la recette étant d’avance connue : muselage de la presse, confiscation des principaux organes de presse étatique, mis à contribution des frais du trésor public pour soudoyer les masses populaires affamées, intimidations des opposants jusqu’à leur arrestation, si pas assassinat, bourrage des urnes, multiplications des cartes d’électeurs, falsification de listes électorales, achat de conscience des membres de centre de compilation des résultats…
Mais fort de sa personnalité, tout le monde attend voir comment les choses vont se passer demain en Angola où le président Eduardo Dos Santos a juré à qui veut l’entendre être déterminé d’offrir à son peuple la chance d’élections libres, démocratiques et transparentes.
Le parti politique de l’opposition, Unita, a lui une autre lecture du déroulement du processus électoral angolais. Il ne partage pas du tout les assurances du président Dos Santos qu’il qualifie de trompe-œil pour se donner surtout bonne conscience et endormir les milieux occidentaux devenus plus exigeants avec les pouvoirs iniques. En effet, selon un haut cadre de l’Unita, tout le décor en vue de la fraude électorale est posé en Angola : contrôle de tous les médias, moyens étatiques colossaux mis à contribution pour le seul compte du Mpla, intimidation des membres de l’Unita, perpétuation d’actes de violence sur les opposants, noyautage de la majorité des membres de la commission électorale … Selon l’Unita, la présence de nombreux observateurs internationaux a contraint le pouvoir en place à procéder finalement à la tenue des élections afin de détendre le climat socio-politique fort tendu. Pour mémoire, il faut ici préciser qu’après son indépendance politique en 1975, l’Angola n’a jamais connu une véritable démocratie. Après la longue guerre civile qui a endeuillé plusieurs familles, la seule expérience démocratique a été connue en 1992 lors de l’organisation des premières élections malheureusement contestées au deuxième tour par l’Unita. Depuis lors, plus rien.
Il y a lieu cependant lieu d’encourager les angolais d’aller massivement demain aux bureaux de vote en comptant sur la présence de différents observateurs et témoins des candidats. La ferme détermination et le patriotisme peuvent aider à faire gagner d’un minimum de transparence électorale. Ce qui sera déjà une bonne chose. Et il nous a été du reste rapporté que le président Dos Santos a bouclé hier mercredi sa tournée électorale pour le compte de son parti politique, Mpla, notamment par la tenue d’un rassemblement populaire. Et au cours de ce meeting, le chef de l’Etat angolais du reste serein quant à la bonne tenue des élections de demain, s’est déclaré déterminé à faire changer la constitution angolaise en vue du renforcement du processus électoral en cours en Angola.

Version imprimable



