Après plus des 6 mois de crise politique zimbabwéenne sans précédent, la raison a finalement triomphée sur la recherche du maintien d’un pouvoir politique moribond et souffrant d’une forte amnésie et de cécité politique aigue. Coincé entre d’une part une situation socio-économique sans issue. Et d’autre part, la forte détermination de l’opposition interne soutenue par l’Afrique progressiste et la communauté internationale. Toutes deux fatiguée de voir tous les jours les chances de développement socio-économique de ce pays, autre fois grenier de l’Afrique australe, compromises à cause notamment de l’anachronisme politique du pouvoir inique de Zanu-Pf. Robert Mugabe a fini par accepter de partager son pouvoir avec son traditionnel opposant politique déclaré vainqueur au premier tour des élections présidentielle ,et dont le cartel politique dispose désormais d’une majorité réconfortante au parlement.
Avec une heure de retard, la cérémonie de la signature du protocole d’Accord de partage de pouvoir au Zimbabwe a pu finalement commencer le lundi dernier dans la matinée à Harare, soit au tour de 10 heures. Présidée par le président Sud-Africain, Thabot Mbeki, désigné par ses pairs de la SADC en qualité de médiateur dans la crise zimbabwéenne, la cérémonie s’est tenue en présence d’une dizaine de chefs d’Etat de la sous-région qui av ait effectué le déplacement à Harare. Petite à petite, la timide médiation sud-africaine a pu finalement accoucher lundi dernier d’un pouvoir politique hybride à deux têtes et sur lequel les observateurs avertis de la scène politique zimbabwéenne émettent bien de réserves quant à sa bonne évolution. A l’issue d’intenses négociations et des fortes pressions de la communauté internationale partageant le même avis que l’opposition locale, le président Robert Mugabe a été désigné chef du gouvernement, et l’opposant Morgan Twangiray préside pour sa part le Conseil des Ministres. Et le vrai gagnant dans ces négociations éprouvantes c’est bien le président Mugabe qui se voit à tort gratifier de la prestigieuse charge de la présidence du prochain gouvernement et avec la main mise sur le secteur de la défense. Personne n’a oublié qu’il a été battu aux élections, et seul le président Mbeki a une autre lecture des résultats des dernières élections.
Mais il faut ici préciser que la possible cohabitation politique entre Robert Mugabe et Morgan Twangiray ne tient qu’à un simple fil incarné par la seule bonne foi du président Robert Mugabe sur qui pèse bien de suspicions. Fort de la versatilité de l’homme fort du Zanu-Pf et de sa légendaire capacité de nuisance et dont le signe éloquent est notamment le cycle de violences ayant émaillé la campagne électorale et la tricherie électorale qui a conduit à voler la victoire à Morgan Twangiray. Plusieurs sont de ceux qui se donnent un temps d’observation avant de se prononcer utilement sur les chances de réussite d’une telle cohabitation politique qui oblige à deux hommes d’Etat dont tout oppose à partager le même pouvoir politique. Le premier, âgé aujourd’hui des 84 ans et qui affiche à son palmarès la lutte politique pour l’indépendance du Zimbabwe vis-à-vis de l’ancien colonisateur britannique, et la mauvaise réforme agraire estime détenir et exercer un pouvoir d’origine divine qu’il n’est pas prêt de partager avec un autre. A ce titre précis, tout celui qui se met sur son chemin pour lui barrer la route ou poser le problème de partage de pouvoir mérite bien la mort ou l’exil forcé. L’actuel premier ministre en a eu pour son compte : plusieurs fois bastonné et enfermé en geôle.
Le deuxième lui affiche sa virginité politique et sa détermination à apporter un sang nouveau pour aider son pays à retrouver ses lettres de noblesses sacrifiées par les ambitions démesurées d’un pouvoir décadent qui a fait perdre au Zimbabwe sa place privilégiée de grenier de la sous région d’Afrique australe. Ce pays qui nourrissait jadis bien de ses voisins est condamné aujourd’hui à tout importer de l’extérieur, et à compter sur la bonne foi de l’aide humanitaire de la communauté internationale. Les rôles ont été inversés à cause de l’entêtement d’un vieux leader politique dépassé aujourd’hui par le poids de l’âge.
Et en bon stratège, le premier ministre zimbabwéen, Morgan Twingiray, se donne 18 mois pour se prononcer sur la bonne foi du président Robert Mugabe dont tout le monde attend de le voir à l’œuvre et donner le signe de sa bonne foi. La triste réalité politique est Mugabe aurait souhaité avoir tout zimbabwéen comme premier ministre, mais sauf Twangiray qui a pu le défier et le descendre enfin de son piédestal. Dépassé donc ce délai des 18 mois, et si aucun signe favorable du changement n’est enregistré dans le chef du président Robert Mugabe. L’opposition aura alors à exiger la tenue de nouvelles élections générales pour une requalification du jeu politique. A l’exception de ceux qui protègent aveuglement Robert Mugabe, tout le monde sait que le véritable vainqueur des dernières élections politique est l’opposant Twangiray. Le peuple zimbabwéen dans son ensemble aspire à un véritable changement politique et au renouvellement de sa classe politique. Même au sein de Zanu-Pf, la surprise a été grande : bien des membres du parti de Mugabe ont eu à voter en faveur de l’opposant Twangiray. Ce qui nous fait dire que sans un réel nouvel ordre politique débarrassé de tares du Zanu-Pf aujourd’hui miné par un problème de l’alternative politique en vue de planifier l’après Robert Mugabe, le Zimbabwe ne fait que du surplace. Ce qui est une honte pour la médiation sud africaine.
Une véritable cohabitation politique au Zimbabwe requiert de prime à bord la bonne foi des principaux animateurs politiques. Ce qui ne semble pas être le cas pour Robert Mugabe qui continue à considérer l’opposant Twangiray comme un ennemi qui n’a pas voix au chapitre et qu’il faut à tout prix museler, faute de le faire abattre. Et ce n’est pas de gaité de cœur que le président Robert Mugabe a consenti de signer lundi dernier ce protocole d’Accord de partage du pouvoir.
Qu’est ce qu’il peut bien faire avec l’armée si ce n’est que de traquer les opposants politiques. Le problème de la crise zimbabwéenne n’est pas dans la main mise sur les principaux leviers du pouvoir exécutif, mais plutôt la volonté politique qui fait malheureusement défaut au leader de la lutte de l’indépendance qui a sensiblement entamé son crédit. A cause de ses nombreuses erreurs dans le choix politique, le président Robert Mugabe a fini par cracher sur ce qu’il a lui-même construit. Désormais il court le risque de sortir de la vie politique par la petite porte, alors qu’il avait au départ tous les atouts pour demeurer une référence dans la sous région d’Afrique australe.
L’histoire politique ne nous apprend t-elle pas que tous les dictateurs finissent toujours par partager le même sort quand ils s’entêtent à ne point quitter la scène politique à temps. Faute de n’avoir pas su assimiler cette leçon, Mubage se voit aujourd’hui rejeté par son propre peuple qu’il a pourtant servi au péril de sa vie pendant quelques 28 ans de règne sans partage. Tous les secteurs de la vie nationale sont sous la menace de la famine, à l’exception des apparatchiks du Zanu-Pf et des anciens combattants qui ont fait main basse sur toute la richesse. Un agent de service de sécurité zimbabwéenne interviewé ce matin sur les antennes de Rfi, mais qui a requit l’anonymat par crainte de mesures de représailles des inconditionnelles de Mugabe, a déclaré sans coup férir que tous les zimbabwéens souhaitent un nouvel ordre politique à Harare, et la présence de l’opposant Morgan Twangiray au sommet de l’Etat est fort souhaitée afin d’une refonte totale du pays.
Réunis depuis lundi dernier pour de concertations internes, le président Robert Mugabe a eu à déclarer mercredi dernier qu’il demeure serein et qu’il continue à détenir l’essentiel des prérogatives constitutionnelles. Propos irresponsables qui traduisent au fait sa ferme détermination à ne point céder ‘’son pouvoir’’ à l’opposant Morgan Twangiray, vrai vainqueur des dernières élections présidentielles. Ces propos de Mugabe exigent de continuer à être prudent avec lui car, la peau d’un lion mort continue toujours à faire peur. Mais Mugabe est un lion qui n’a plus sa denture. Le Zanu-Pf a su prouver ses limites et doit savoir quitter la scène à défaut d’une alternative en vue du rafraîchissement de sa direction politique.
D’où une série de questions qui nous viennent à l’esprit :
- Est-ce pour la gloire que le président Robert Mugabe se maintient mordicus au pouvoir ? - Est ce par crainte de représailles de milliers des victimes de ses actes de violence ? - Est ce par crainte de poursuites judiciaires de la Cour pénale internationale ? Seule l’avenir nous le dira étant donné qu’il y a eu au Zimbabwe effectivement commission des faits infractionnels qui peuvent bien intéresser le brave Procureur Luis MORENO, de la CPI. Au bout du rouleau, pas exclu que Robert Mugabe rejoigne Jean Pierre Bemba à la Haye afin de payer de tous ses actes portant violation massives des droits de l’homme, crimes contre l’humanité... Dans l’entre-temps, attendons voir !!!

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