Mais cette phrase est terrible car elle peut aussi résonner comme un slogan de « battants », pétris de performance et de compétition. Toujours faire mieux, aller plus loin, plus vite, plus haut, consommer davantage, être jeunes, beaux, compétents, riches... « Oui, nous le pouvons », et la fuite en avant devient malédiction pour ceux qui ne peuvent pas suivre. J’exagère à peine. En entendant cette phrase, je ne peux m’empêcher de songer à tous ceux qui ne peuvent que dire « Non, je ne peux pas », quand le manque de travail, d’argent, de possibilités les laisse à l’écart des autres. Et à ceux qui ne peuvent que pleurer « Moi, je n’en peux plus... », quand le manque de force, d’amour, de liens les tient à l’écart d’eux-mêmes.
Me reviennent les mots de l’apôtre Paul : « Ce que je veux, je ne le fais pas, et ce que je fais, c’est ce que je ne veux pas » (Romains 7, 15-16). Quand Paul écrit cela, il se regarde en face, lucidement. Non pas pour désespérer de lui ou s’enfermer dans le cynisme de celui qui ne croit plus en rien, mais pour se laisser entraîner par la puissance de l’Evangile qui l’a saisi, par l’amour de Dieu qui a retourné sa vie, par la force de l’Esprit qui lui a rendu espérance. Paul, remis debout comme on ressuscite, est témoin du Christ qui, partout où il passait, rencontrait des hommes et des femmes meurtris, les appelait à marcher à nouveau dans la vie.
L’Evangile n’est pas une compétition, il ne se mesure pas par des chiffres, il est souffle de vie rendu à celui qui n’a plus la force de suivre, appel à se lever lancé à tous ceux que la vie écrase. C’est pour eux que l’Eglise est offerte, comme un lieu où, ensemble, nous disons « Oui, croire, aimer, espérer... nous le pouvons ! ». Et où nous le vivons, déjà.
Christian Baccuet, président de la Commission des ministères de l’Eglise Réformée de France

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