L’épidémie de chikungunya à La Réunion et à Mayottemardi 21 octobre 2008
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L’InVs présente les données épidémiologiques de l’épidémie de chikungunya à Mayotte et à La Réunion et des éléments de réflexion pour l’évaluation de l’impact des arboviroses.
À La Réunion, la surveillance reposait sur une recherche active en période d’incidence modérée et sur les signalements de médecins sentinelles au pic épidémique. Les formes graves hospitalisées et les décès ont fait l’objet de surveillances spécifiques. À Mayotte, il s’agissait d’un dispositif passif de signalement basé sur les médecins, complété par une recherche prospective des formes graves hospitalières. Des enquêtes complémentaires ont permis de contrôler la fiabilité des résultats.
À La Réunion, 266 000 cas ont été rapportés ainsi que près de 250 cas graves, 44 cas de transmission materno-néonatale et plus de 250 décès. À Mayotte, le nombre de cas a été réévalué à 60 000 grâce aux enquêtes complémentaires. Six formes graves et 9 cas de transmission materno-néonatale ont été identifiés. Discussion – Une réflexion sur la surveillance entomologique, la veille internationale, la modélisation, l’évaluation de la lutte antivectorielle et la communication apparaît nécessaire pour mieux gérer les arboviroses émergentes.
Description des cas de chikungunya notifiés par les médecins du Réseau de surveillance pendant l’épidémie à La Réunion, France, 2005-2006
Le Réseau de surveillance de la grippe, de la dengue et des diarrhées aiguës de La Réunion, composé de médecins libéraux et animé par l’Observatoire régional de la santé (ORS), a été mobilisé pour surveiller le chikungunya dès l’apparition des premiers cas en avril 2005.
L’objectif est de décrire les caractéristiques des cas cliniques de chikungunya notifiés par les médecins du Réseau de surveillance au cours de l’épidémie. Ce Réseau reposait sur 28, puis 43 médecins répartis sur 23 des 24 communes de l’île. Les données concernant les cas ont été saisies par la Cellule interrégionale d’épidémiologie Réunion-Mayotte (Cire RM).
Les médecins du Réseau ont notifié un total de 6 434 cas de chikungunya vus en consultation. Les patients ayant consulté les médecins du Réseau ont été plus fréquemment des adultes et des femmes qu’en population générale. Les signes cliniques les plus fréquemment déclarés étaient : la fièvre et les arthralgies (critères d’inclusion), suivis par les céphalées, les myalgies, les éruptions cutanées, puis les signes digestifs et autres signes cutanés. Des différences cliniques selon la période épidémique ont été observées. Les cas notifiés par les médecins sentinelles ont permis d’estimer le nombre de cas incidents survenus à La Réunion chaque semaine. Ce système de surveillance a démontré sa réactivité et sa représentativité lors de cette épidémie, et ainsi acquis une bonne expérience pour la surveillance d’un phénomène émergent.
Le chikungunya est une arbovirose réputée bénigne et caractérisée par une fièvre et des arthralgies. Au cours d’une épidémie d’une ampleur exceptionnelle qui a touché l’île de La Réunion en 2005-2006, des médecins hospitaliers ont rapporté des cas de transmission virale materno-néonatale et des formes cliniques différant de celles classiquement décrites. Un système de surveillance active a été mis en place en février 2006, afin de décrire les formes atypiques hospitalières de chikungunya à La Réunion en période épidémique et d’en déterminer la fréquence. Un recensement rétrospectif et prospectif a été conduit dans les quatre hôpitaux de l’île. Entre mars 2005 et avril 2006, 44 cas materno-néonatals et 834 cas atypiques dont 247 (30 %) cas graves, ainsi que 68 décès ont été recensés. Les formes atypiques représentaient 0,35 % des cas de chikungunya dans la population. Les manifestations cliniques des cas atypiques les plus fréquentes étaient les manifestations digestives et neurologiques. Les cas atypiques survenaient principalement chez des sujets vulnérables (jeunes enfants, personnes âgées, patients présentant des antécédents médicaux). Ces résultats indiquent la nécessité de formuler des recommandations de prévention prioritairement à l’attention de ces sujets et aux femmes enceintes au cours d’une épidémie de chikungunya.
Description des fluctuations de la mortalité réunionnaise dans le contexte de l’épidémie de chikungunya en 2005-2006
Une épidémie majeure de chikungunya a touché La Réunion entre mars 2005 et juin 2006 et a concerné près de 270 000 personnes. La présente étude vise à décrire la mortalité sur cette même période.
Le nombre observé de décès en 2005 et 2006 a été comparé au nombre attendu, estimé à partir des taux de mortalité par âge et sexe sur la période 2002-2004 et des estimations de population en 2005 et 2006. Les effectifs de décès sont issus d’une remontée automatique de données de 13 communes de l’île dont les états civils sont informatisés.
En 2005, le nombre observé de décès était proche des valeurs attendues. En 2006, la mortalité a fortement augmenté et dépassé significativement la valeur attendue entre les semaines 4 et 10 ; entre janvier et avril 2006, les variations mensuelles étaient respectivement de + 7,1 %, + 34,4 % (p<0,01), + 25,2 % (p<0,01) et + 10,1 % (p<0,01), soit un excès total de 230 décès (base des 13 communes) et 267 pour l’ensemble de l’île. L’excès de mortalité a concerné essentiellement les plus de 75 ans. A partir de mai 2006, la mortalité observée est revenue dans ses limites habituelles de fluctuation. Cette dynamique est proche de celle de l’épidémie.
Ces observations suggèrent que l’excès de mortalité des quatre premiers mois de 2006 est associé à l’épidémie, aucun autre phénomène sanitaire connu susceptible d’expliquer cette augmentation n’ayant touché l’île sur cette période.
Le virus Chikungunya (CHIKV) a été responsable, entre 2005 et 2007, d’épidémies majeures qui ont touché les îles de l’Océan Indien (OI) et le sous-continent Indien. Des analyses moléculaires ont démontré que ces épidémies ont été causées par un virus d’origine africaine. Une mutation dans le gène codant pour la protéine virale d’enveloppe E1, sélectionnée pendant l’épidémie réunionnaise et expérimentalement associée avec une plus grande infectivité chez Aedes (Ae.) albopictus, a probablement facilité la transmission du virus par ce vecteur, expliquant, au moins en partie, l’ampleur de l’épidémie. Cette mutation a été sélectionnée indépendamment en Inde du Sud et au cours d’autres épidémies où Ae. albopictus était le moustique vecteur principal. Pour la première fois, la transmission verticale du CHIKV a été démontrée au cours de l’épidémie réunionnaise et a été observée essentiellement en per-partum. L’émergence récente et la transmission épidémique du CHIKV en Italie pose la question de l’extension du CHIKV à d’autres pays européens et souligne la nécessité de renforcer les surveillances entomologique et humaine.
A l’issue de l’épidémie 2005-2006 à l’île de La Réunion qui a affecté 38,2 % de sa population, nous avons recherché, dans l’échantillon représentatif de l’enquête de séroprévalence en population, les déterminants de l’infection à virus Chikungunya (CHIKV) par régression logistique. Dans un modèle ajusté sur le sexe, l’âge, l’existence d’une maladie chronique et le nombre de personnes vivant au domicile, les variables indépendantes associées significativement à une sérologie CHIKV positive étaient par ordre de fraction attribuable en population décroissante : vivre en maison individuelle avec jardin (OR : 2,9 ; [IC95 % 2,0-4,1], FA : 59,5 %), une histoire de chikungunya chez les voisins (OR : 2,7 ; [IC95 % 1,7-4,2], FA : 43,8 %), une absence d’activité professionnelle ou d’étude en cours (OR : 1,9 ; [IC95 % 1,4-2,5], FA : 41,5 %), un habitat situé à moins de 500 mètres d’altitude (< 250 m, OR : 4,9 ; [IC95 % 2,1-11,4] ; 250-499 m, OR : 4,9 ; [IC95 % 2,0-12,0], FA : 22,2 %), l’indice de masse corporelle (surpoids, OR : 1,3 ; [IC95 % 1,1-1,6] ; obésité, OR : 1,6 ; [IC95 % 1,1-2,4], FA non calculée), une mauvaise connaissance sur la transmission du CHIKV (score de connaissance à 0/4 bonne réponse, OR : 1,6 ; [IC95 % : 1,1-2,3], FA non calculée). Les déterminants de l’infection à CHIKV sont à la fois entomologiques, bio-climatiques et socioéconomiques. Ces données sont à considérer pour le contrôle des futures épidémies de chikungunya.
Évaluer la séroprévalence post-épidémique du chikungunya virus (CHIKV), déterminer la proportion de formes symptomatiques et identifier les facteurs de risque associés à cette infection. Méthodes – Une enquête sérologique auprès de 1 154 habitants de Mayotte âgés de 2 ans et plus sélectionnés par sondage en grappes à plusieurs degrés a été réalisée entre novembre et décembre 2006. Les associations entre la séropositivité au CHIKV (présence d’IgM et/ou d’IgG mesurés parEnzym Linked Immuno Sorbent Assay, Elisa) et les facteurs de risque ont été investiguées par des analyses bi et multivariables par régression logistique tenant compte du plan de sondage.
La séroprévalence globale pondérée du CHIKV était de 37,2 % (IC95 % = 33,9-40,5). Parmi les 440 participants séropositifs au CHIKV, 318 (72,3 %) ont rapporté un épisode clinique présomptif de CHIKV pendant la période épidémique. Les facteurs retrouvés significativement associés à la séropositivité CHIKV chez les personnes âgées de 15 ans et plus étaient : genre masculin, faible indice socio-économique, durée totale des études < 6 ans et vivre dans un habitat de fortune.
Nos résultats indiquent que l’infection CHIKV était symptomatique chez trois personnes sur quatre. La réduction des inégalités et la réhabilitation de l’habitat insalubre devraient être considérées en même temps que la lutte antivectorielle et l’éducation sanitaire comme une des composantes majeures de la prévention contre de futures épidémies CHIKV.
Source : InVs/ BEH
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