par S. Raouf
Nicolas Sarkozy l’a voulue grandiose, enthousiaste et, qui plus est, consensuelle. Son « Union pour la Méditerranée » (UPM) a foulé le terrain du « multilatéral » avec un profil au rabais et au prix du compromis. La triple ambition souhaitée par Paris ne semble pas se traduire à l’épreuve des premiers pas.
Un début de preuve en a été apporté, lundi et mardi, à Marseille. Les membres de l’équipée euroméditerranéenne y ont accosté en ordre dispersé. Au grand dam d’une diplomatie française impatiente à l’idée d’impulser, enfin, son plan pour la Méditerranée.
Ravie de réunir, voici trois mois à Paris, dirigeants arabes et israéliens autour d’une même table, la France a dû user, à Marseille, de tout son jeu diplomatique. Pendant deux jours, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et l’équipe méditerranéenne de l’Elysée se sont livrés à un exercice de grand écart pour éviter à la conférence ministérielle de Marseille une impasse.
Premier jalon important dans la vie de l’UPM, Marseille a hérité d’une tâche aux allures de mission quasi impossible. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont mandaté les ministres des AE, de prendre les décisions auxquelles ils se sont gardés de s’attaquer lors du sommet constitutif le 13 juillet dernier à Paris.
Entre autres points assignés à son agenda, Marseille était appelée à désigner la ville hôte du secrétariat et à nommer un secrétaire général, l’homme qui, entre deux sommets, a vocation à piloter l’UPM. Cela n’a guère été une simple formalité.
Pas moins de villes portuaires s’étaient portées candidates dans la foulée du sommet de Paris : Tunis, la Valette, Barcelone, Marseille et même Bruxelles, la Commission européenne estimant naturelle la prétention de la capitale de l’Europe à un tel statut.
Perceptible depuis des mois, la compétition « inter-villes » a nourri, en coulisses, des rivalités sur fond de marchandages et de lobbying. Fidèle à sa conception initiale, la France s’est efforcée de vendre la candidature d’une ville du sud, Tunis. La Commission de Bruxelles a manoeuvré, en vain, pour une UPM mitoyenne. L’Espagne a joué à fond dans le registre de la légitimité en revendiquant au profit de Barcelone, lieu de naissance du processus Euromed, le statut de ville-siège de l’UPM.
Déjà mise à mal par une offensive de charme des Espagnols, la candidature de Tunis a été hypothéquée par les effets du conflit proche-oriental. A en croire des informations de presse non confirmées, la Syrie - dont l’avis semble de plus en plus consulté - aurait pesé dans le vote final.
Aux yeux de Damas, la présence, sur une terre arabe, d’un exécutif avec un représentant de l’Etat hébreu résonnerait comme une normalisation israélo-arabe en bonne et due forme. Ce qu’elle refuse, elle et d’autres Etats arabes, en l’état actuel du conflit.
Irritée par un tel vote dont l’issue était prévisible depuis quelques jours, Tunis aurait boudé à sa manière le rendez-vous de Marseille au point d’en entacher les travaux. Après avoir révisé à la baisse le niveau de sa participation - le ministre des AE s’est fait remplacer par un secrétaire d’Etat -, le pays de Ben Ali aurait opposé une fin de non-recevoir à la proposition d’un poste de secrétaire général de l’UPM.
Le « niet » réel ou supposé de Tunis n’a pas facilité la tâche des ministres, l’attribution du poste ayant été repoussée à une date ultérieure. Contre toute attente, la conférence a procédé à l’attribution de cinq à six postes de secrétaire général adjoint, dont un revenant à Israël.
Rien ne laissait présager une telle inflation de postes. D’autant que l’équipe méditerranéenne de Sarkozy plaidait, depuis le début, pour une UMP aux structures souples et mettait en garde contre un modèle bureaucratique cher aux institutions de Bruxelles.
Autre motif de divergence : le statut de la Ligue arabe. Après s’y être farouchement opposée, Israël a finalement accepté la participation de l’institution dirigée par Amr Moussa à toutes les réunions de l’UPM, y compris celles des experts.
Illustration s’il en est des pesanteurs du conflit proche-oriental sur les forum régionaux, cette question n’a dû être réglée qu’au prix d’un difficile arbitrage de Paris. En contrepartie de son « ok » pour une implication de la Ligue arabe dans les travaux de l’union, Israël s’est vue offrir un des postes de SG adjoint, croit savoir Le Monde.
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