Election présidentielle en Algérie : le cas Bouteflikasamedi 8 novembre 2008
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par Ghania Oukazi
Jamais une candidature à l’élection de la présidence de la République n’a constitué un sujet de controverses et de supputations comme celle de Bouteflika pour un troisième mandat.
Dans quelques jours, le pays se dotera d’une Constitution qui permettra au président de la République d’accaparer tous les pouvoirs. Il faut reconnaître que depuis son intronisation à la tête de la présidence de la République en 1999, Bouteflika ne s’est encombré d’aucune disposition de la loi suprême qui le priverait de cette amplitude et de cette largesse dans l’exercice du pouvoir. Le chef du gouvernement n’en a jamais été un et ce quelle que soit son identité. Il était choisi et soumis à gérer un Exécutif même si la composante de celui-ci ne lui convenait pas. L’amendement que Bouteflika a introduit dans la Constitution pour en faire un Premier ministre est, de fait, une simple coquetterie. Le reste n’en est pas moins ou plus parce que depuis sa première élection, Bouteflika n’a fait qu’à sa tête en matière de pouvoir. Il n’avait aucunement besoin d’une loi pour le démontrer. Ceci pour l’histoire.
Ce qu’il y a lieu cependant de relever est que la révision de la Constitution telle qu’ordonnée par ses soins n’est ni partielle ni technique comme lui-même et les politiques de service ont eu à le souligner. Bouteflika touche à des dispositions qui redéfinissent dans une de ses parties importantes les fondements du système politique. Tanguant entre régime parlementaire et présidentiel, et de pouvoir consolidé et préservé par un schéma bicaméral, le système que veut Bouteflika est carrément présidentiel. Par la consécration dans la Constitution d’une présidence à vie et en parallèle du poste de Premier ministre et de ceux de vice-Premiers ministres, Bouteflika aura apporté à sa manière de grands changements dans les moeurs du système politique en place. Il a ainsi bouleversé l’organigramme des sphères du pouvoir en se plaçant en tête sans devoir en partager le commandement avec qui que ce soit. Il l’aura assuré aussi pour le président qui lui succéderait.
A propos de commandement, il est utile de noter pour la circonstance que dans cette redéfinition du pouvoir exécutif, il n’a pas jugé utile d’expliciter par la même occasion, voire de redéfinir clairement le rôle de l’armée dans la gestion des affaires de l’Etat. L’histoire du pays aura retenu que de grandes et profondes confusions ont été entretenues à ce niveau au point où il a toujours été question de pointer du doigt un pouvoir réel qui est celui militaire et de reléguer au second plan un autre sans trop de poids qui est politique civil. Mais peut-être parce qu’il compte rester à vie chef suprême des armées que Bouteflika n’éprouve pas le besoin de revoir les choses à ce niveau.
D’autant que depuis qu’il est président et même si ses premiers parrains ont été militaires à l’exemple de Larbi Belkheir, il n’a jamais hésité à remettre en place ou à élaguer ceux d’entre « les faiseurs de présidents » donnés pour être les plus puissants. Durant ces dix ans de présidence, il a réussi à émietter ce que M’Hamed Yazid -que Dieu ait son âme- appelait le cabinet noir. Une autre raison qui montre l’inutilité de l’acte politique révisionniste qu’il a entrepris, n’était bien sûr -jusqu’à preuve du contraire- son désir profond de garder la présidence jusqu’à la mort. Ne resteraient des « anciens » que Mohamed Mediène dit Tewfik dont l’action semble totalement brouillée par l’ardeur du président à rester le seul à commander. Avec tout ce chamboulement en haut lieu, il se trouve qu’il y ait des voix qui susurrent que la candidature de Bouteflika pour un troisième mandat présidentiel n’est nullement acquise. C’est en tout cas la rumeur des temps actuels. Elle se fait persistante au point où l’on se demande si ses propagateurs ne visent pas un revirement de situation qui étonnerait bien du monde. Qu’ils soient politiques en service ou politiques donnés pour être en réserve de la République, ils sont nombreux à soutenir que Bouteflika risquerait de ne pas être candidat à la présidentielle de 2009. L’on s’interroge pourquoi donc ce matraquage pour une révision hâtée et hâtive de la Constitution si ce n’est qu’il doit et veut briguer un troisième mandat. Les observateurs de la scène politique nationale expliqueraient la rumeur par une réponse qui n’étonnerait pas, tant ceux qui appellent à une « ouhda thalitha » ont outrepassé les limites de l’indécence. « La rumeur relative à la non candidature du président est probablement une technique électorale à laquelle le pouvoir a souvent recouru pour arriver à ses fins », disent les plus avertis d’entre eux. Cette technique se veut un moyen d’agiter le spectre d’un pays en quête de « sauveur » de la nation dans ses moments les plus difficiles.
Il se pourrait que l’on évite ainsi, nous dit-on, de confirmer cette candidature pour pousser les masses populaires à sortir dans la rue et exiger que Bouteflika soit reconduit. Pour l’anecdote, on note qu’il a toujours été dit que les marches « spontanées » pour tout événement ont exigé des organisateurs d’en soudoyer les noyaux, qu’ils soient membres de mouvements satellites du pouvoir ou alors des jeunes chômeurs. Ceci sans compter les instructions données aux employés publics pour y participer. A défaut, il leur serait retenu une journée de salaire.
Autre probabilité expliquant la rumeur relative à la candidature du président, toujours selon certains observateurs, le manque de candidatures de grand calibre qui crédibiliseraient l’élection le placerait par conséquent en pole position aux yeux notamment de l’opinion internationale. Pour l’instant, seul Moussa Touati du FNA a déclaré son intention en la matière. L’on s’attend à ce que le fassent aussi Louisa Hanoune du PT et Saïd Sadi du RCD. Il est étonnant que Abdellah Djaballah se soit empressé de refuser d’être candidat alors qu’il est donné pour être en quête de contacts directs avec la base en prévision de sa création d’un nouveau parti. Une campagne électorale lui aurait servi d’excellent moyen de liaison.
Au regard de la faiblesse, voire de l’inexistence de contre-pouvoirs, Bouteflika n’aurait nullement besoin de tout cela. Il suffit qu’il se prononce pour, pour que les foules courtisanes (re)doublent d’efforts et d’effectifs. « Il arrange tout le monde », nous dit ce responsable à la présidence de la République pour souligner qu’il y a longtemps que le deal a été trouvé entre sa personne et les autres sphères du pouvoir. Pratiquement mises à plat par ses soins, ces sphères se seraient tenues tout à fait au début du premier mandat de se plier aux exigences d’un président qui assure à certains d’entre leurs animateurs une sortie honorable des arcanes du pouvoir. Bouteflika était intronisé, faut-il le rappeler, à une période où les adeptes du « qui tue qui ? » tenaient encore bon et voulaient absolument demander des comptes aux commandeurs de l’Algérie durant les années 90. L’épisode de l’aéroport militaire français du Bourget est encore vivace dans les esprits et reste tout à fait d’actualité. C’est dire que le président de la République arrangerait bien du monde. Et en réponse à ceux qui pensent que le troisième mandat lui serait contesté par on ne sait quel moyen même après qu’il l’ait acquis, les plus avertis -encore eux- et surtout en l’absence de sérieuses alternatives et de forces revendicatrices d’un réel changement, s’obligent à devenir fatalistes pour lâcher « Seul Dieu sait ce qui pourrait se passer demain ».
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