« Il a fait ce que tout journaliste courageux doit faire », a déclaré Gao Qinsheng, en larmes, avant de brandir le poing en signe de défi. La distinction, remise devant le congrès de l’Association mondiale des journaux (AMJ) et du Forum mondial des éditeurs au Cap, « prouve que Shi Tao n’est pas un criminel », a-t-elle lancé en recevant le trophée.
Muselé
Aujourd’hui âgé de 38 ans, Shi Tao a été condamné à dix années de prison pour avoir révélé, dans un e-mail envoyé depuis son journal Dangdai Shang Bao, que le gouvernement chinois muselait la presse pour le 15e anniversaire du massacre de la place Tiananmen, en 1989.
Cet e-mail avait été intercepté par les autorités, qui étaient remontées jusqu’au journaliste grâce à l’assistance du serveur internet américain Yahoo. A l’époque, le co-fondateur de Yahoo, Jerry Yang, avait défendu l’attitude de son entreprise en arguant qu’elle devait respecter les lois des pays où elle voulait être présente.
Exemple pour tous
« Il connaissait les risques qu’il prenait. Il a quand même pris cette courageuse décision. M. Shi est un exemple pour nous tous », a estimé le président du Forum des éditeurs, George Brock. L’association des journaux chinois a exigé que le prix lui soit retiré, estimant qu’il avait été condamné aux termes de la loi pour « révélation de secrets d’Etat », a indiqué M. Brock.
« Le gouvernement chinois place sur la liste des secrets d’Etat toute une série d’informations sans importance ou potentiellement embarrassantes », a-t-il rétorqué. « Nous ne sommes guère convaincus par cet argument ». Bien que la Constitution du pays garantisse la liberté de la presse, « de telles libertés n’existent pas en Chine aujourd’hui », a continué M. Brock. « Si elles existaient, ni Shi Tao, ni des dizaines d’autres journalistes ne seraient en prison. »
Justification
L’AMJ et le Forum des éditeurs vont lancer une campagne pour la libération de M. Shi, a-t-il ajouté. Le 30 juin 1989, un rapport de la mairie de Pékin avait fait état de « dizaines de militaires morts, 6.000 membres des forces de l’ordre blessés, plus de 3.000 civils blessés et plus de 200 morts, dont 36 étudiants », justifiant la répression par la nécessité de contenir une rébellion « contre-révolutionnaire ».
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