La conférence est ouverte au public, à partir de 20h, 5 rue Lekain, métro : la Muette.
La soirée est organisée et animée par Nathalie de Senneville-Leehnardt, rédactrice en chef de l’hebdomadaire Réforme, en partenariat avec le Service protestant de mission et la Communauté des Eglises en mission (Cevaa).
Par Marc Muller
Gérard van’t Spijker, pasteur réformé des Pays-Bas, a travaillé au service de l’Eglise presbytérienne au Rwanda de 1973 à 1982, puis a été envoyé de nouveau après le drame de 1995 à 1999.
Indicible Rwanda, Expériences et réflexions d’un pasteur missionnaire de Gérard van ’t Spijker, éd. Clé, Yaoundé 2007
Il porte un regard rétrospectif sur le génocide rwandais de 1994, tentant de répondre à une question centrale : Pourquoi les églises du Rwanda, qui avaient la réputation d’être vivantes et fortes, n’ont-elles pas été capables de créer une résistance contre la violence et la haine ? La foi chrétienne est elle-même en jeu dans ce drame. Le manque de prise de position claire de la part des Eglises
du pays devant l’étendue du drame fut une cause de « désenchantement » en Europe. Mais le silence des missionnaires en amont, quand les autorités exigeaient une soumission aveugle, quand il fallait dénoncer ces dangers, n’est pas sans poser problème. L’auteur raconte sa traversée du Rwanda après le génocide, régions désertées, cités fantômes, dans un climat de suspicion et de délation. Il se souvient des pasteurs et évangélistes assassinés, de ceux morts pour avoir défendu les Tutsis pourchassés.
Dès 1995, l’Eglise presbytérienne s’est engagée sur le chemin de la reconstruction, mais beaucoup de personnes étaient décédées et des milliers d’autres avaient fui à l’étranger. Néanmoins de nombreuses initiatives inspirées de l’Evangile ont pris corps pour soutenir les familles traumatisées, les veuves et les orphelins ; des monuments ont été construits à la mémoire des victimes. La relecture de l’histoire s’avère délicate, soumise à un débat idéologique et à la pression politique des nouveaux gouvernants enclins à occulter la complexité de l’enchaînement des événements. A qui la faute ? Est-ce le résultat d’une société de castes très ancienne ou faut-il dénoncer les colons et les missionnaires qui ont établi des distinctions raciales entre Hutu, Tutsi et Twa ? Pour l’auteur, l’Evangile nous presse de démasquer les mythes de toutes les époques.
L’engouement pour de nouvelles Eglises, de type pentecôtiste, est directement lié au rejet du passé. La spiritualité populaire repose sur une théologie de la consolation : l’appartenance ethnique n’y joue aucun rôle, l’attente du retour du Christ est centrale, l’exorcisme est le rite de purification par excellence. Pour l’auteur, le mal reste une énigme et le risque est grand de sous-estimer sa puissance. Il dit avoir moins d’hésitation à considérer certaines réalités comme conduites par des pouvoirs démoniaques. C’est un encouragement à rechercher les voies de la réconciliation sans ménager ses efforts. Le témoignage des chrétiens est nécessaire pour mener à bien cette tâche.
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