Jean-Marc Rouillan, ancien militant du groupe terroriste Action Directe et fondateur du Mouvement ibérique de libération, a obtenu ce mercredi un régime de semi-liberté, a annonce son avocat Me Jean-Louis Chalanset.
Durant les années 1970, il a participé à la création du Mouvement ibérique de libération (Mil) et des Gari (Groupes d’action révolutionnaire internationalistes) et est l’un des fondateurs d’Action directe en 1979. Rouillan est arrété une première fois en 1980 (en compagnie de Nathalie Ménigon). Libéré avec les autres militants d’Action directe lors de l’amnistie décidée par le nouveau gouvernement en 1981 Rouillan choisit avec une minorité de passer à la lutte armée. Cette cellule s’engage alors dans une série d’actions violentes qui commence en 1982 par l’assassinat de Gabriel Chahine (indicateur de police responsable de l’arrestation de 1980) et culminera avec l’exécution du général René Audran en 1985 ainsi que celle du PDG de Renault Georges Besse en 1986. Ces exécutions ont valu à Jean-Marc Rouillan d’être condamné en 1987, date de son arrestation, à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de dix-huit ans. Cette période de sûreté s’est achevée en février 2005.
En prison, Rouillan s’est distingué par sa détermination : soutien à ses camarades d’Action directe, grève de la faim, écriture... Dans son dernier livre paru, Lettre à Jules, Rouillan s’adresse à Jules Bonnot, chef de la Bande à Bonnot, militants illégalistes, qui ont attaqué au début du XXe siècle diverses banques, « expropriant » pour « la cause anarchiste ». Lettres à Jules est édité chez Agone, avec Les voyages des enfants de l’extérieur, souvenirs de Rouillan de ses années espagnoles, et des Chroniques carcérales, recueil de textes mettant en évidence les conditions de vie dans les prisons françaises. Il écrit régulièrement dans le mensuel CQFD.
Action directe (AD) est un groupe clandestin (aux influences initialement anarchistes mais qui s’est distancié de cette idéologie pour épouser la cause marxiste léniniste (communistes) empruntant leur nom au principe anarchiste de l’ théorie politique libertaire de l’action directe), bien que leur pratique substitutiste (faire les choses au nom des autres, la classe ouvrière en l’occurence ici, à qui AD n’a pas demandé son avis...) soit en totale contradiction avec cette théorie. Ils ont revendiqué une cinquantaine d’attentats ou d’assassinats sur le territoire français entre 1979 et 1987. Action directe a été interdite par un décret du 19 août 1982 prononçant la dissolution de l’organisation pour activités terroristes.[réf. nécessaire] Ses membres ont été jugés par une formation spéciale de la cour d’assises de Paris.
Action directe est le résultat de la fusion des membres des GARI (Groupes d’action révolutionnaire internationalistes) qui ne voulaient pas ranger les armes après la mort de Franco et des NAPAP (Noyaux armés pour l’autonomie populaire), qui aboutit en 1977 à la création d’une « coordination politico-militaire interne au mouvement autonome ». Cette coordination se transforme en 1979 en une « organisation de guérilla » qui commence alors à revendiquer ses attaques sous le nom d’Action directe, expression empruntée à l’anarcho-syndicalisme du début du XXe siècle mais avec laquelle la pratique d’AD n’a rien à voir, au nom de la lutte contre l’impérialisme capitaliste, des symboles de la puissance de l’État, le grand patronat et la défense du prolétariat. Ils ne font alors que des dégâts matériels. Plusieurs de ses membres sont arrêtés et emprisonnés.
Après l’élection de Mitterrand en 1981 le nouveau gouvernement joue l’apaisement et amnistie les condamnés. La majorité des militants renonce alors à la violence, abandonnant jusqu’au nom et au sigle d’Action directe mais une minorité (regroupée en une branche parisienne et une branche lyonnaise) choisit de passer à la lutte armée. À partir de 1984, la branche parisienne Action directe s’allie à la Fraction armée rouge dans le cadre de la stratégie d’« unité des révolutionnaires en Europe de l’Ouest », la branche lyonnaise se tournant vers l’attaque de banques et des attaques contre des objectifs israéliens.
Action directe ou des membres d’AD ont notamment participé :
* au mitraillage du siège du patronat le 1er mai 1979* au hold-up de Caluire le 29 octobre 1980 au cours duquel un convoyeur de fonds est tué* à des attaques contre des ministères, la Sonacotra, des agences immobilières, des bâtiments de l’armée française, des sociétés liées au programme militaire français* à des attaques contre l’État israélien (mitraillage de la mission commerciale de l’ambassade d’Israël, le 31 mars 1982, attaque à la bombe contre le Citrus Marketing Board of Israel, le 11 août de la même année)* à l’assassinat le 13 mars 1982 de Gabriel Chahine, membre du GARI et indicateur de police qui avait permis la première arrestation de Rouillan et Ménigon en 1980* à l’assassinat de deux policiers (en blessant un troisième grièvement) avenue Trudaine à Paris le 31 mai 1983* au hold-up de l’avenue de Villiers à Paris le 14 octobre 1983 au cours duquel un des participants, Cino Rizzato, est tué* au hold-up de la place Victor-Hugo à Lyon le 27 mars 1984 où le général de gendarmerie Guy Delfosse est tué en tentant de s’interposer* à l’assassinat du général Audran (responsable des ventes d’armes de l’État français) le 25 janvier 1985* aux tentatives d’assassinat manquées sur Henri Blandin (contrôleur général des armées) en 1985 et Guy Brana (vice-président du CNPF, ancêtre du MEDEF) en 1986* à l’attentat à la bombe le 9 juillet 1986 à Paris dans les locaux de la brigade de répression du banditisme, quai de Gesvres, dans lequel l’inspecteur Marcel Basdevant est tué* à l’assassinat de Georges Besse, PDG de la Régie Renault le 17 novembre 1986. C’est en tant que représentant d’une entreprise à vocation internationale que Georges Besse est tué, mais également en tant que dirigeant d’une entreprise employant un vigile qui a tué un militant maoïste. Toutefois, le journaliste d’investigation, Dominique Lorentz, a mis en cause la question de l’assassinat de Besse, en soulignant la proximité de cette affaire avec Eurodif, que Besse avait dirigé, et le programme nucléaire iranien (à laquelle la France participait alors)* à de nombreux vols à main armée n’ayant pas entrainé mort d’homme et revendiqués par le groupe comme des « expropriations prolétariennes »
Plus globalement, ce groupe a été l’expression en France d’un courant se revendiquant du marxisme et défendant l’idée que les actions violentes étaient un moyen légitime de renverser un régime considéré comme oppressif. Durant ce qu’on a appelé les « années de plomb », de nombreux groupuscules ont repris l’idéologie de la « propagande par le fait » prônée par certains militants anarchistes lors des deux dernières décennies du XIXe siècle : la Fraction armée rouge (ou « Bande à Baader ») en Allemagne occidentale, les Brigades rouges en Italie, Armée rouge japonaise au Japon, 17-Novembre en Grèce, IRA en Irlande, Cellules communistes combattantes en Belgique, ETA au Pays basque, Weathermen aux États-Unis, KP-ML et Devrimci Sol en Turquie, etc.
Le 21 février 1987, les principaux membres d’Action directe, Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, et Georges Cipriani ont été arrêtés dans une ferme de Vitry-aux-Loges, dans le Loiret. Ils ont été tous les quatre condamnés (tout comme Régis Schleicher, arrêté en 1984) à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine incompressible de 18 ans.
La peine de Joëlle Aubron a été suspendue en juin 2004 pour raisons de santé. Elle est décédée à Paris le 1er mars 2006 d’une tumeur au cerveau. Jean-Marc Rouillan tient une chronique sur l’univers carcéral dans le journal CQFD. Les demandes de libération anticipée de Régis Schleicher et de Nathalie Ménigon ont été jusqu’à maintenant repoussées par le tribunal de l’application des peines. Nathalie Ménigon a été victime en prison de deux accidents vasculaires cérébraux qui l’ont laissée partiellement hémiplégique.
Fin mars 2007 une pétition de 6 500 signatures pour la libération des détenus d’Action directe a été apportée au ministre de la Justice Pascal Clément (UMP).
Le 10 mai 2007, le tribunal d’application des peines de Paris a accordé un régime de semi-liberté à Nathalie Ménigon, emprisonnée depuis 1987. Elle travaillera la journée et retournera dormir en prison, mais le parquet a immédiatement fait appel de cette décision. Le jeudi 19 juillet 2007, la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Paris lui a finalement accordé le regime de semi-liberté.
Nathalie Ménigon, à qui un régime de semi-liberté a été accordé à partir du 2 août, a été transférée mardi 24 Juillet 2007 du centre de détention de Bapaume (Pas-de-Calais) à celui de Toulouse.
Sources externes : 7sur7 et Wikipedia [historique]
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